En trois années de certification Pioneer by AKT, Visible a structuré une démarche qui existait déjà de manière plus ponctuelle et l’a rapprochée de son cœur de métier. Mobilité douce, upcycling, biodiversité ou encore gouvernance : plusieurs projets ont progressivement donné naissance à de nouvelles activités que l’entreprise entend désormais pérenniser. Thierry Dumont revient sur ce parcours, les rencontres qui l’ont nourri et les enseignements tirés de ces trois années.
Après trois années de démarche Pioneer by AKT, quelle est votre plus grande victoire ?
« Ce que je retiens le plus, c’est d’avoir développé des activités proches de notre core business que nous espérons pérenniser et faire vivre sur le long terme. Nous n’aurions probablement jamais initié certaines démarches si nous n’avions pas été dans le parcours de certification.
Le projet autour de la mobilité douce, notamment, nous a permis d’obtenir un subside et de réaliser un véritable produit. Pour la première fois, nous avons travaillé sur un projet engagé directement lié à nos activités. Cela a créé une énorme fierté. Nous sommes extrêmement contents d’avoir fait la démarche et d’avoir aujourd’hui un délivrable que nous espérons continuer à développer.
Je retiens également les rencontres réalisées pendant le parcours. Nous avons rencontré des entrepreneurs que nous ne connaissions pas et qui partagent beaucoup de nos valeurs.
Enfin, la certification a structuré notre démarche. Auparavant, nous réalisions certaines choses au gré des opportunités. Ici, nous avons créé un véritable processus autour de cet engagement. »
Quels sont justement les projets que vous avez développés ?
« Il y a trois grands axes : la mobilité, l’upcycling et les activités engagées autour de la biodiversité.
Pour l’upcycling, nous avons créé une filière permettant de récupérer des bâches promotionnelles. Nous avons rencontré un designer qui travaillait déjà sur ce type de projet. De notre côté, nous avions la matière première puisque nous déployons ce matériel pour nos clients.
L’intérêt, c’est que cela ne nécessite pas nécessairement davantage de budget. Il faut surtout choisir, dès le départ, un matériau qui pourra ensuite être réutilisé. Les bâches promotionnelles sont extrêmement solides. Au lieu de les jeter après leur première utilisation, nous pouvons leur donner une seconde vie sous forme de sacs ou de petites sacoches.
Nous réfléchissons même au design initial en tenant compte de cette future réutilisation, afin que les couleurs et certains éléments graphiques puissent rendre le produit upcyclé intéressant. »
Et en quoi consiste votre projet autour de la mobilité ?
« Nous avons développé une application mise à disposition des entreprises pour stimuler leurs équipes à utiliser une alternative à la voiture individuelle.
Cela peut concerner les déplacements domicile-travail, les missions professionnelles, mais aussi des actions liées au bien-être en dehors du temps de travail.
L’objectif est de travailler sur la gamification, donc sur le jeu et l’encouragement. Maintenir ces habitudes sur le long terme n’est pas simple. Il faut régulièrement rappeler et relancer. L’application permet de créer des défis entre les personnes, de les encourager mutuellement et éventuellement d’y associer des récompenses.
Les ressources humaines peuvent gérer le dispositif en back-office et relancer les équipes. Nous avons également développé tous les supports de communication que les entreprises peuvent utiliser pour animer ces défis. C’est là que nous retrouvons notre métier premier. »
Vous avez également développé des activités autour de la biodiversité ?
« Oui. L’idée est notamment de proposer des team buildings engagés, éthiques et durables, par exemple autour de chantiers de plantation.
Mon idée de départ était d’arriver à quelque chose d’aussi simple à organiser qu’une activité de team building classique : une entreprise pourrait réserver une activité pour dix personnes avec, par exemple, 60 arbres à planter.
Il faut maintenant prendre le temps de réellement packager ces activités, d’en faire de vrais produits, de les marketer et d’y consacrer davantage de temps et de budget. Nous avons d’ailleurs un étudiant qui nous aide actuellement sur ces sujets. »
Quel principal frein avez-vous rencontré pendant ces trois années ?
« Le principal frein, c’est le temps. Nous avons tous du travail et une charge relativement importante. Il faut pourtant réussir à consacrer du temps, en groupe, à des sujets qui sortent parfois du business quotidien.
Pour une petite structure comme la nôtre, ce n’est pas toujours simple. Nous sommes 13. Lorsque trois ou quatre personnes doivent être dégagées pendant une période relativement importante, cela se ressent directement.
Ce qui est intéressant, c’est justement de réussir à rapprocher ces projets de nos activités business. Cela permet aussi de leur consacrer plus facilement du temps.
Pour le projet mobilité, nous avons également eu la chance d’obtenir un financement dans le cadre du projet FEDER Shift Your Mobility. Nous avions des délivrables à fournir, dont l’application et les supports de communication, mais aussi des événements et des formules de team building. Cela nous a donné un véritable coup d’accélérateur. »
La démarche vous a-t-elle permis de créer de nouveaux partenariats ?
« Oui. Sur la biodiversité, par exemple, nous avons travaillé avec le soutien de Symbiose, qui nous a accompagnés dans plusieurs projets. Basse-Meuse Développement nous a également soutenus et nous avons été en contact avec le GAL pour différents projets communs.
Aujourd’hui, nous voulons être présents dans des projets engagés et devenir progressivement une sorte de partenaire de référence sur ces sujets.
Je pense que nous avons désormais une image assez positive sur ce plan. Cela nous met en contact avec des personnes et des entreprises qui partagent cette sensibilité. Nous sommes régulièrement sollicités par des entreprises qui ont un projet et pensent que celui-ci pourrait nous intéresser.
C’est aussi l’un des effets intéressants de la démarche : elle crée des connexions et fait émerger de nouveaux projets. »
Parmi les sujets abordés pendant la certification, lequel vous a le plus surpris ?
« Tout ce qui concerne l’équipe et la gouvernance. Avant la démarche, lorsque j’entendais ‘ODD’ ou ‘engagement sociétal’, je pensais davantage à l’environnement. Je n’aurais pas nécessairement imaginé y retrouver tout ce qui touche au bien-être quotidien dans l’entreprise.
Nous avons notamment travaillé sur l’autonomisation et la responsabilisation des équipes. Je n’aurais jamais imaginé traiter ces sujets dans ce cadre.
Pourtant, tout cela apporte du bien-être et du sens. Et tout est lié : en montrant un engagement sociétal, nous travaillons également notre marque employeur et notre identité.
La difficulté reste de trouver l’équilibre entre le court terme et le moyen ou long terme. Lorsque vous avez un projet à livrer pour mardi, il n’est pas toujours simple de vous dire que vous allez consacrer quatre heures à une réunion sur le bien-être. C’est toute la réalité de l’entreprise. »
Quel effet la démarche a-t-elle produit sur les équipes ?
« Elle a créé une animation autour de sujets différents et probablement permis à certains de découvrir des choses auxquelles ils n’auraient pas nécessairement été confrontés.
C’est aussi l’intérêt de pouvoir bloquer du temps dans un quotidien déjà très chargé pour travailler sur des projets qui produisent une valeur sociétale pour l’entreprise.
Sur certains projets spécifiques, notamment les workflows, la gestion ou l’autonomisation, cela a également créé des échanges entre les personnes. »
Ce parcours a-t-il aussi renforcé votre intérêt pour les liens entre économie traditionnelle et économie sociale ?
« Oui. Nous avons travaillé sur plusieurs projets avec des ASBL, notamment avec Racynes, mais aussi avec de petites structures actives sur des sujets très engagés.
Cela a renforcé ma conviction qu’il y a vraiment quelque chose à faire pour rapprocher le monde de l’économie sociale et celui de l’économie traditionnelle. Ce rapprochement peut apporter un véritable bénéfice aux deux.
Lors d’activités comme les plantations, par exemple, des personnes aux parcours complètement différents se retrouvent à travailler ensemble. Quelqu’un qui traverse une situation de vie compliquée peut se retrouver à expliquer à un ingénieur comment planter correctement. Cela crée des échanges qu’ils n’auraient probablement jamais eus autrement.
Ce sont des dynamiques extrêmement riches. »
Quel regard vos clients portent-ils aujourd’hui sur votre engagement ?
« Du côté des clients, cela nous positionne clairement comme une entreprise engagée. Plusieurs de nos clients le sont eux-mêmes et cela crée des terrains d’échange au-delà du business.
Nos projets d’upcycling, de mobilité ou de biodiversité ont été vus par nos clients parce que nous les avons invités, que nous avons organisé des événements et créé beaucoup d’animations autour de ces sujets.
L’impact est extrêmement positif. Certains ont participé directement, d’autres ont simplement vu ce que nous faisions.
Cela nous amène aussi à co-construire des projets. Nous avions, par exemple, déjà travaillé sur l’upcycling de bâches plusieurs années auparavant, sans réellement systématiser la démarche. Un jour, un client nous a demandé des goodies pour soutenir une action CAP48. Comme il était lui-même très sensible à ces questions, nous avons vu l’opportunité de relancer cette idée.
Lorsque vous avez autour de la table des clients qui partagent cette sensibilité, des idées apparaissent dans la discussion et nous pouvons ensuite les construire ensemble. »
Est-ce forcément plus coûteux de proposer ce type de solutions ?
« Pas nécessairement. Sur un projet global ou un événement, la part consacrée à une solution upcyclée peut être un peu plus chère que l’achat d’un produit classique, mais il faut aussi regarder la qualité du produit et sa véritable valeur ajoutée.
Pour le client, cela permet de poser un acte sociétal sans nécessairement y consacrer un budget considérable.
Il existe aussi énormément de petites actions très simples. L’une des premières choses que nous avons faites consistait simplement à étiqueter les aliments dans le frigo de l’entreprise avec des dates et des indications pour signaler ceux qui pouvaient être donnés ou partagés.
Le gain n’est évidemment pas gigantesque, mais cela évite des déchets et permet de consommer des aliments qui auraient autrement été jetés. Et cela ne coûte pratiquement rien.
C’est aussi cela, le développement durable : parvenir à identifier des opportunités là où on ne les voyait pas nécessairement auparavant. »
Quelle est la suite désormais pour Visible ?
« Ce qui est sûr, c’est que nous voulons pérenniser nos trois grands axes : la biodiversité, la mobilité et l’upcycling, avec la circularité des produits.
Nous voulons maintenant réellement les brander et en faire des produits à part entière, éventuellement même au-delà de Visible.
Nous aimerions aussi pouvoir donner la possibilité à d’autres acteurs, voire à des concurrents, d’utiliser certaines de ces filières.
Nous avons accumulé, pendant ces trois années, une série de mécanismes, de réalisations et de valeurs autour de ces trois axes. Ce serait dommage de ne pas les exploiter et de ne pas continuer à les développer. »

