Trois ans après l’entrée en vigueur du droit à la déconnexion le 1er avril prochain, de nombreuses entreprises peinent encore à trouver le juste équilibre entre flexibilité du travail et respect du temps de repos.
Selon une enquête menée par Protime auprès de 1.000 employés belges francophones, près de six employés sur dix (58,3%) sont toujours contactés par leur supérieur en dehors des heures de travail.
Parmi eux, plus de deux tiers (67,1%) estiment devoir répondre le plus rapidement possible. « Nous travaillons de manière de plus en plus flexible, ce qui rend plus difficile d’avoir une vision claire des moments où les collaborateurs sont effectivement au travail et de ceux où ils ne le sont pas » remarque Florent Bovicelli, porte-parole de Protime. « L’enregistrement du temps de travail peut contribuer à protéger les travailleurs contre la surcharge de travail. »
Les contacts se font principalement par appels téléphoniques (52,6%), messages (SMS, WhatsApp – 51,6%), e-mails (37,8%) et chats (20,3%). Plus d’un tiers des répondants (34,6%) est contacté par son supérieur de temps en temps – voire souvent – le soir ou le week-end. Pour 23,7% d’entre eux, cela n’arrive que rarement.
Flexibilité
Pourquoi la déconnexion reste-t-elle difficile dans la pratique?
« Aujourd’hui, nos modes de travail sont beaucoup plus flexibles qu’auparavant, ce qui entraîne un mélange plus fréquent entre vie professionnelle et vie privée » explique Florent Bovicelli. « Par exemple, plus d’un quart des employés ne disposent plus d’horaires fixes. Lorsque les horaires se chevauchent moins, il devient plus difficile pour les managers de savoir précisément quand leurs collaborateurs travaillent… et quand ils ne travaillent pas. L’enregistrement du temps de travail peut aider les entreprises à mieux connaître le temps réellement presté. Associé à des accords clairs, cet outil permettrait aux organisations de mieux organiser leurs équipes tout en respectant les moments de repos des travailleurs. »
Malgré cela, plus de deux travailleurs sur trois (67,1%) se sentent obligés de répondre rapidement aux appels, messages ou courriels reçus en dehors de leurs heures de travail. Cette pression est plus marquée chez les travailleurs de moins de 35 ans (73,6%) que chez les 35-54 ans (62,4%) et les plus de 55 ans (66,9%). Par ailleurs, dans six cas sur dix (61,3%), les employés estiment que les demandes pour lesquelles ils sont contactés pourraient parfaitement attendre le lendemain.
« Le droit à la déconnexion ne signifie pas que les travailleurs ne peuvent plus recevoir d’e-mails en dehors des heures de travail » souligne Lode Godderis, professeur de médecine du travail à la KU Leuven. « En revanche, ils ne doivent subir aucune conséquence négative s’ils choisissent de ne pas y répondre lorsqu’ils ne sont pas en service. Dans les faits, beaucoup de travailleurs continuent pourtant à se sentir obligés de réagir immédiatement. Les entreprises ont tout intérêt à définir clairement leurs attentes et à établir des accords explicites avec leurs collaborateurs.»
Directives ou pas
Selon l’enquête, seuls quatre répondants sur dix (38,2%) déclarent que leur organisation dispose de directives claires concernant la disponibilité en dehors des heures de travail. À l’inverse, 37,5% affirment qu’aucune règle claire n’existe, tandis que 24,3% ne savent pas si de telles directives sont en place.
Le professeur Lode Godderis souligne que trouver le bon équilibre reste complexe: « Un horaire de travail clairement défini peut certainement faciliter la déconnexion. Dans la pratique, cependant, la flexibilité souhaitée à la fois par les employeurs et les travailleurs complique souvent les choses. La flexibilité doit fonctionner dans les deux sens : on ne peut pas attendre des employeurs qu’ils se montrent souples en matière de télétravail ou d’aménagements privés, tout en refusant toute flexibilité du côté des travailleurs lorsque cela est nécessaire. Des attentes claires et explicites de part et d’autre sont essentielles. C’est la seule manière de préserver une véritable déconnexion et d’éviter que la flexibilité ne se transforme en disponibilité permanente. »

