Les vacances ne signifient pas toujours repos et déconnexion pour les indépendants belges. Selon une enquête de Xerius auprès de 2.282 entrepreneurs, 71% ont besoin de plusieurs jours pour passer en mode vacances et 23% travaillent presque quotidiennement durant leur congé. Une difficulté à décrocher qui alimente le stress, empiète sur la vie familiale et questionne leur rapport au travail.
Pour de nombreux entrepreneurs, la difficulté commence avant même le départ. Huit sur dix indiquent que la période précédant leurs vacances s’accompagne d’un surcroît de travail et de stress. Et 68% ne partent pas l’esprit tranquille, notamment parce qu’ils savent que les tâches continueront à s’accumuler durant leur absence.
La possibilité de déléguer reste par ailleurs limitée : seul un indépendant sur cinq (19%) peut confier ses tâches à des collaborateurs pendant son congé.
L’ordinateur accompagne six entrepreneurs sur dix
Une fois partis, les indépendants ne laissent pas nécessairement leur activité derrière eux. Six sur dix (58%) emportent systématiquement leur ordinateur portable, au cas où un problème surviendrait.
Cette disponibilité professionnelle peut peser sur la vie familiale. Parmi les entrepreneurs concernés, 56% indiquent que leur partenaire ou leurs enfants n’apprécient pas de les voir travailler pendant les vacances.
« Les vacances ne se limitent pas à une pause dans le travail. Elles permettent de consacrer du temps, en pleine conscience, au repos et à sa famille. Les proches sentent tout de suite la différence entre une présence simplement physique et un vrai décrochage mental », souligne Lode Godderis, professeur de médecine du travail à la KU Leuven.
Même lorsque le travail est mis de côté, la déconnexion mentale reste difficile. Plus de la moitié des entrepreneurs interrogés (51%) éprouvent des difficultés à vraiment se détendre, tandis que seuls 29% disent y parvenir sans problème. Pour 71%, plusieurs jours sont nécessaires avant de passer réellement en mode vacances.
Cette tension semble également avoir une dimension physique : 39% des répondants déclarent être plus souvent malades pendant leurs vacances.
Près d’un quart travaille presque quotidiennement
Pour 23% des indépendants, les vacances restent synonymes de travail quotidien ou presque : 10% travaillent tous les jours et 13% presque tous les jours. À cela s’ajoutent 18% qui travaillent plusieurs fois par semaine et 29% qui le font de temps à autre.
À l’inverse, 15% déclarent travailler très rarement pendant leurs congés et autant affirment ne jamais le faire. Au total, seuls 30% parviennent donc à décrocher presque ou totalement de leur activité.
« Pour la majorité des indépendants, les vacances combinent en pratique repos et travail. Ils répondent à quelques courriels, assurent le suivi de dossiers ou restent joignables par téléphone pour leurs clients. Souvent, ce n’est pas vraiment un choix, mais le résultat de leur sens des responsabilités ou de l’absence d’un remplaçant », explique Stéphanie Gowenko de Xerius.
Le paradoxe est manifeste : 62% des entrepreneurs préféreraient ne pas être dérangés pour des questions professionnelles pendant leurs vacances, mais 29% n’activent même pas de message d’absence automatique à destination de leurs collègues et clients.
« Nous constatons que de nombreux entrepreneurs restent en mode ‘toujours disponible’, même en vacances. Ils se sentent obligés d’être joignables pour leurs clients. Cela se fait souvent au détriment de leur repos et parfois aussi de moments de qualité avec leur famille », poursuit Stéphanie Gowenko. Selon elle, les entrepreneurs qui prennent peu ou pas de vacances éprouvent souvent encore davantage de difficultés à décrocher, alors qu’un véritable repos est nécessaire pour entreprendre durablement.
Fixer des règles avant le départ
Pour Lode Godderis, la déconnexion ne passe pas uniquement par le fait de laisser son ordinateur à la maison. Il recommande surtout de fixer à l’avance des règles précises concernant la disponibilité et le suivi des dossiers.
« Ouvrir sa boîte mail peut sembler anodin. Mais répondre à un seul courriel donne souvent le signal que l’on travaille encore. Chez les dirigeants, cela crée aussi des attentes auprès des collaborateurs. Mieux vaut donc définir à l’avance un seul canal pour les véritables urgences », explique-t-il.
Xerius conseille notamment aux entrepreneurs de déterminer avant leur départ qui assurera le suivi des dossiers et de désigner une personne de contact unique pour les urgences. Définir précisément ce qui constitue une urgence et privilégier un seul canal, comme le téléphone ou WhatsApp, doit également permettre d’éviter de replonger dans sa boîte mail.
Pour les dirigeants, la déconnexion revêt aussi une dimension managériale : continuer à répondre aux courriels pendant ses congés peut laisser entendre aux collaborateurs qu’ils doivent eux aussi rester disponibles en permanence.
Parmi les autres pistes avancées figurent la réservation d’une journée « tampon » au retour, afin de traiter les courriels et de réorganiser son agenda avant de redevenir disponible, ainsi que la définition de plages de travail courtes et fixes pendant les vacances lorsque la déconnexion complète n’est pas envisageable.

