Réduire sa facture fiscale ne signifie pas nécessairement améliorer ses finances. Une étude de l’UHasselt et de Xerius révèle que 33% des entrepreneurs francophones sont fortement sensibles à « l’effet tunnel fiscal », qui les pousse à privilégier l’économie d’impôts au détriment du coût réel d’une décision. Un biais qui peut peser sur leur trésorerie, alors même que la majorité des entrepreneurs interrogés estiment disposer de connaissances fiscales correctes.
Menée auprès de 190 entrepreneurs francophones en Belgique, l’étude montre que 65% des répondants présentent une sensibilité moyenne à ce biais. Seuls 2% y sont peu ou pas sensibles.
Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont confronté les entrepreneurs à plusieurs recommandations permettant a priori de réduire leurs impôts, comme remplacer systématiquement une voiture de société tous les cinq ans pour bénéficier de nouveaux amortissements ou engager des dépenses supplémentaires avant la clôture d’un bon exercice comptable.
Le problème est que l’avantage fiscal ne couvre qu’une partie de la dépense. Avec un taux d’imposition de 25%, par exemple, une dépense déductible de 1.000 euros permet d’économiser 250 euros d’impôts. L’entreprise a néanmoins déboursé 1.000 euros et dispose donc de 750 euros de moins.
Les connaissances fiscales ne protègent pas du biais
Cette tendance est d’autant plus notable que les entrepreneurs interrogés ont plutôt confiance dans leurs connaissances fiscales. Quelque 71% s’attribuent une note d’au moins 3 sur 7 en la matière et 21% estiment disposer de bonnes connaissances, avec un score supérieur à 5 sur 7.
Les chercheurs observent pourtant peu de liens entre la sensibilité à l’effet tunnel fiscal et le niveau d’études, une formation économique ou les connaissances fiscales que les entrepreneurs s’attribuent.
« Certains entrepreneurs finissent par s’appauvrir en voulant économiser des impôts », résume Maarten Corten, professeur associé en audit et comptabilité à l’UHasselt et à l’origine de l’étude.
L’enjeu consiste donc à évaluer une dépense sur la base de sa valeur économique globale plutôt que du seul avantage fiscal. Un investissement peut se justifier s’il améliore la productivité, réduit certains coûts ou apporte une autre valeur à l’entreprise. À l’inverse, sa déductibilité fiscale ne suffit pas à elle seule à le rendre rentable.
Xerius recommande ainsi d’intégrer dans la décision le coût réel, la valeur ajoutée de l’investissement et son impact sur la trésorerie. Le comptable joue à cet égard un rôle central : 90% des entrepreneurs interrogés indiquent faire appel à un comptable externe.

