Après trois années d’engagement dans la démarche de certification Pioneer by AKT, Thomas & Piron Bâtiment a progressivement ancré la durabilité dans son fonctionnement. De l’habitat de demain aux matériaux durables, en passant par la gestion de l’eau et la mobilisation des équipes, Pauline Bernard revient sur les avancées réalisées, les enseignements tirés et les ambitions de l’entreprise pour poursuivre cette dynamique.
Après trois années de démarche Pioneer by AKT, quelles sont vos plus grandes victoires ?
« Nous avons créé un comité de pilotage du développement durable pendant ces trois années. Nous avons aussi réussi à motiver la direction à poursuivre la démarche, non seulement pendant les trois ans, mais également à continuer avec la version ‘Champion’. C’est d’ailleurs déjà intégré dans notre plan ’26-30, Horizon Dynamique 2030′.
Il y a aussi eu tout notre travail autour de l’habitat de demain. Nous avions réalisé une enquête qui a ensuite débouché sur plusieurs actions, étalées sur les deux, voire les trois années de la certification. »
Justement, en quoi consiste votre projet autour de l’habitat de demain ?
« Le but était de faire du développement durable, mais aussi de rester une entreprise pérenne. Nous avons donc interrogé les gens pour savoir ce qu’ils attendaient dans les cinq à dix années à venir, afin que nous puissions prendre les bonnes directions.
La plupart des actions de la troisième année sont directement sorties de ce questionnaire réalisé en deuxième année, notamment celles concernant les matériaux durables, l’eau ou encore la flexibilité. Plusieurs grands thèmes avaient émergé et nous les avions ensuite évalués lors de workshops avec notre groupe de travail : les matériaux durables, les économies d’énergie de manière générale et la préservation de l’eau. C’étaient vraiment des points importants qui étaient ressortis de cette enquête. Les actions se sont ensuite déroulées assez naturellement. »
Quels principaux freins avez-vous rencontrés pendant ces trois années et comment les avez-vous surmontés ?
« Le premier a été de devoir régulièrement relancer les gens pendant ces trois années. Ce n’est pas toujours simple : chacun a autre chose à faire et est pris dans son quotidien.
Pour y répondre, nous avons créé un tableau de suivi. C’était tout simple, un fichier Excel, mais il nous permettait de retracer les différentes actions et toutes les sous-actions qui en découlaient. Pour chacune, nous avions identifié des pilotes et des acteurs. À partir du moment où les personnes sont clairement définies et où leur nom apparaît, il est beaucoup plus simple de les responsabiliser et de leur demander un retour pour une date précise.
Le deuxième frein concernait notre dépendance vis-à-vis des autorités ou de certaines décisions externes. Plusieurs actions ont été ralenties par des problèmes administratifs, par exemple. Cela peut également venir des clients. Nous avons eu le cas d’un chantier où l’idée était de récupérer des briques d’un bâtiment démoli pour les réutiliser ailleurs. Nous les avions soigneusement stockées, mais le client a finalement préféré des briques neuves.
Enfin, nous avons dû faire preuve de créativité et trouver des idées innovantes. Grâce à la certification Pioneer by AKT, nous nous sommes rendus compte que nous faisions déjà énormément de choses. Or, nous ne pouvions pas choisir comme nouvelles actions celles qui étaient déjà en cours ou réalisées. Il a donc fallu continuer à innover. »
Comment vos partenaires et fournisseurs ont-ils accueilli votre démarche ?
« Nous avons eu de bonnes surprises. Nous avons notamment organisé un ‘Partners Evening’ auquel nous avons invité nos sous-traitants. Pour participer, ils devaient répondre à un questionnaire qui comportait notamment des questions sur l’environnement.
Nous avons été agréablement surpris de constater que certains faisaient déjà pas mal de choses. Sur les matériaux durables, notamment, nous avons découvert des solutions qui existaient déjà et étaient très avancées. Nous en avons d’ailleurs testé certaines dans le cadre de nos actions. »
Et en interne, comment les collaborateurs se sont-ils appropriés la démarche ?
« Nous avons touché beaucoup de services, quasiment tous. Cela ne signifie pas que tous les membres de chaque service ont été impliqués, mais nous avons eu au moins une, deux ou trois personnes de chaque service qui ont joué le jeu.
La Fresque du Climat, par exemple, a été proposée à quasiment tout le monde. Au départ, elle avait été organisée pour le comité de direction et les managers. Ensuite, les managers eux-mêmes ont estimé qu’il serait intéressant que leurs services la suivent également. Progressivement, tout le monde y est passé. »
Vous avez également sensibilisé vos ouvriers. Quelle a été leur réaction ?
« Dans le cadre de nos formations hivernales, qui sont les formations destinées aux ouvriers, nous avons consacré une journée entière à la durabilité. Ils ont notamment participé à la Fresque du Climat et à un atelier avec GoodPlanet.
L’idée était de leur montrer comment ils pouvaient avoir un impact dans leur vie privée comme dans leur travail, mais aussi de leur expliquer pourquoi cette valeur était importante pour Thomas & Piron.
Nous avons été surpris de voir que certains ouvriers étaient vraiment sensibles au développement durable et avaient de très bonnes idées. Je m’attendais davantage à rencontrer des réticences, mais cela a été absolument l’inverse. Sur près de 200 ouvriers, les réactions négatives ont été très rares. C’était extrêmement positif. »
Parmi toutes les actions menées, lesquelles vous ont le plus surprise ?
« Les plus inattendues sont finalement celles qui n’étaient pas directement liées à notre cœur de métier.
Nous avons par exemple mené une action sur la diversité dans la construction, autour des jeunes et des femmes. Nous sommes allés dans des écoles, du primaire au secondaire et jusqu’aux universités, pour promouvoir la construction, montrer que le secteur est aussi ouvert aux femmes et donner envie aux jeunes de nous rejoindre.
Lors d’une première intervention, nous étions huit femmes issues de métiers très différents : développement, études, conduite de chantier, gestion, comptabilité, service après-vente, développement durable… Nous voulions vraiment montrer tout le spectre de l’entreprise et rappeler que les métiers de la construction ne se limitent pas au chantier.
Il y a aussi nos ruches. Nous allons entamer notre troisième année de production, avec environ 100 à 120 kilos de miel par an. Nous avons même un apiculteur en interne, un collaborateur qui s’est formé et qui continue à prendre soin des ruches.
Nous avons également organisé plusieurs opérations de nettoyage des abords avec nos équipes. Ce sont des actions utiles pour la durabilité, mais aussi de bons moments qui réunissent les gens. »
La démarche vous a-t-elle permis d’aller plus loin dans l’utilisation de matériaux durables ?
« Oui. Nous en avons découvert davantage que ce que nous pensions. Nous avons notamment travaillé sur différentes solutions autour du béton, de l’acier ou encore de briques et blocs plus durables.
Et surtout, cela a ouvert une porte : cette année, nous avons annoncé en comité de pilotage qu’un budget serait désormais spécifiquement alloué aux initiatives et aux matériaux durables. Cela permet de ne plus avoir cette excuse du ‘on aimerait bien essayer, mais nous n’avons pas le budget’.
Il y a donc maintenant un montant consacré aux innovations et aux matériaux durables. Si quelqu’un souhaite tester une solution et que celle-ci est justifiée et respecte toutes les règles de sécurité, il dispose de ce budget supplémentaire.
C’est une belle victoire. Certains matériaux sont encore un peu plus chers et il faut pouvoir expérimenter. Le fait que la direction ait décidé d’allouer un budget supplémentaire à cela permet de pousser ces initiatives. »
Après trois ans, quels changements sont véritablement entrés dans les habitudes de Thomas & Piron Bâtiment ?
« Nous avons touché pratiquement tous les services. Même lorsqu’un service entier n’était pas directement impliqué, il y avait toujours une ou deux personnes chez qui le sujet résonnait et qui ont commencé à se demander spontanément si tel ou tel enjeu pouvait être important en matière de durabilité.
Aujourd’hui, certains réflexes sont restés et vont continuer. Le pourcentage de logements adaptables, par exemple, est devenu naturel. Nous avons aussi mis en place un outil pour mesurer la faisabilité de la réutilisation de l’eau de pluie, ce que nous n’avions pas auparavant ou qui était beaucoup plus épars.
C’est vrai à toutes les échelles : au niveau du développement, des études, des achats de matériaux… Nous demandons désormais les EPD, les déclarations environnementales des produits. C’est en quelque sorte la carte d’identité durable du produit. Nous avons également un gestionnaire du développement durable qui assure le suivi. »
Finalement, qu’est-ce que cette certification a changé pour vous ?
« Elle nous a permis de structurer nos actions. Nous faisions déjà certaines choses auparavant, mais de manière assez éparse. Il y avait de bonnes idées, chacun en apportait, mais la certification nous a permis de structurer l’ensemble et a été un moteur pour organiser les activités liées à la durabilité.
Il y a eu de nouvelles initiatives et une véritable implication durable des équipes. Aujourd’hui, la durabilité est au cœur des valeurs de Thomas & Piron Bâtiment : elle est devenue notre sixième valeur. Il y a également eu une implication des directeurs, des managers et de la plupart des services. »
Quelle est la suite désormais ?
« Nous allons poursuivre avec la partie ‘Champion’, qui fait véritablement partie du projet d’entreprise ’26-30′. Les actions Champion sont plus complexes, donc nous allons nous laisser un peu de temps pour y réfléchir.
Nous resterons impliqués dans les actions et au sein du comité de pilotage durable, mais le suivi va probablement être repris par un collègue du service innovation. C’est assez logique puisque ce service regroupe notamment le gestionnaire du développement durable, la gestion de l’innovation et le suivi d’actions qui faisaient déjà partie du plan de ces trois dernières années. C’est également là que sont réalisés les calculs liés au bilan carbone.
Le suivi évoluera donc, mais nous ne serons jamais loin. »

