Doctorat en entreprise, équipements de pointe, expertise scientifique, plateformes technologiques, sciences humaines, étudiants… Les possibilités de collaboration entre l’Université de Liège et les entreprises sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne l’imagine. Encore faut-il savoir à quelle porte frapper.
Didier Mattivi, directeur de RISE (Recherche, Innovation, Support et Entreprises à l’ULiège), détaille les différentes formules accessibles aux entreprises et invite notamment les PME à ne pas considérer l’Université comme un monde inaccessible.
Une rencontre à ce sujet est organisée prochainement à destination des entreprises (*).
Que recouvrent aujourd’hui les relations entre l’Université de Liège et les entreprises ?
Elles peuvent prendre des formes très différentes. Il faut d’abord comprendre que l’Université et l’entreprise n’évoluent pas toujours dans les mêmes temporalités. L’Université travaille souvent sur le temps long : un projet de recherche ou un doctorat peut s’étendre sur plusieurs années. Une entreprise, particulièrement une PME, arrive plus volontiers avec un problème qu’elle souhaite résoudre rapidement.
Nous disposons donc de différents outils. Il y a les projets de recherche de longue durée, par exemple les doctorats en entreprise ou les projets collaboratifs soutenus par la Wallonie. Mais nous développons également des plateformes technologiques, avec des équipements et du personnel spécialisé qui peuvent réaliser des analyses ou des prestations pour des entreprises. C’est une formule particulièrement intéressante pour une PME qui a un besoin précis sans vouloir nécessairement s’engager dans un programme de recherche de quatre ans.
Nous pouvons aussi organiser avec une entreprise un travail exploratoire pour identifier ses besoins, repérer les compétences disponibles au sein de l’Université et réfléchir aux collaborations et financements envisageables.
L’Université s’adresse-t-elle surtout aux grandes entreprises ou une PME peut-elle réellement y trouver sa place ?
Absolument. Ce n’est pas la taille de l’entreprise qui est déterminante, mais le projet et l’expertise dont elle a besoin.
Les grandes entreprises ont parfois des programmes de R&D qui correspondent naturellement au temps long universitaire. Elles peuvent travailler avec des doctorants, financer des recherches ou aller jusqu’à développer une chaire universitaire.
Pour une PME, le besoin est souvent différent : « J’ai un problème, quelle compétence ou quel équipement peut m’aider à le résoudre ? » C’est là que des prestations plus ponctuelles, des plateformes technologiques ou des collaborations ciblées prennent tout leur sens.
Et il n’y a pas réellement de restriction sectorielle. L’Université peut travailler avec l’industrie, l’aéronautique, le spatial, le numérique, mais aussi avec beaucoup d’autres secteurs.
Quand on parle de collaboration avec une université, on pense immédiatement à la technologie. Les besoins peuvent-ils être beaucoup plus larges ?
Bien sûr. C’est même quelque chose qui prend de l’importance.
L’Université ne se résume pas aux sciences appliquées, à la technologie ou aux laboratoires. Une entreprise peut également avoir besoin de psychologie, de sociologie, de neurosciences, de philosophie, d’éthique ou d’autres disciplines des sciences humaines.
Nous avons par exemple travaillé sur des problématiques liées aux comportements et aux mécanismes d’addiction. Une entreprise qui développe une innovation peut également se demander comment celle-ci sera acceptée par ses utilisateurs ou par ses collaborateurs, quelles seront ses conséquences sociales ou quelles questions éthiques elle soulève.
Les besoins des entreprises évoluent et les collaborations avec l’Université deviennent donc elles aussi de plus en plus multidisciplinaires.
Travaillez-vous uniquement à partir des demandes des entreprises et essayez-vous aussi de valoriser les technologies développées par les chercheurs ?
Nous travaillons dans les deux sens.
Il y a ce que l’on pourrait appeler une logique « pull » : l’entreprise vient vers nous avec un besoin et nous cherchons dans l’Université les compétences capables d’y répondre.
Mais il existe également une logique « push ». Des chercheurs ont développé une technologie, parfois protégée par un brevet, et notre travail consiste alors à trouver des entreprises susceptibles de l’exploiter. Cela peut déboucher sur une licence accordée à une entreprise existante.
Et la forme la plus poussée de valorisation est évidemment la création d’une spin-off, qui naît précisément pour exploiter une technologie issue de l’Université.
Une PME peut facilement se perdre face à une institution de la taille de l’Université. À quelle porte doit-elle frapper ?
C’est précisément l’une des raisons d’être de RISE – Recherche, Innovation, Support et Entreprises.
Une entreprise qui connaît déjà un laboratoire ou un professeur peut naturellement prendre contact directement avec lui. Mais lorsqu’un dirigeant se dit : « Je suis persuadé que l’Université pourrait m’aider, mais je ne sais absolument pas qui contacter », RISE constitue la porte d’entrée.
L’Université de Liège est une très grande organisation, avec des milliers de chercheurs et des compétences extrêmement diverses. Il n’est pas raisonnable de demander à un dirigeant de connaître son organisation interne.
Notre rôle est donc d’écouter son besoin, d’identifier les bonnes compétences et de l’orienter vers les interlocuteurs adéquats. Et si nous ne possédons pas l’expertise recherchée à Liège, nous pouvons également nous tourner vers le réseau des universités francophones afin de voir si celle-ci existe ailleurs.
À quel moment une entreprise doit-elle venir vous voir ?
Le plus tôt possible.
Il ne faut pas imaginer l’Université comme un bureau de consultance auquel on transmet une question le lundi pour obtenir nécessairement une solution le vendredi. Plus une entreprise nous associe en amont à sa réflexion, plus nous pouvons trouver la bonne formule et faire correspondre notre temps de réponse à ses besoins.
Cela permet aussi d’examiner les différentes possibilités : une prestation ponctuelle suffit-elle ? Faut-il mobiliser une plateforme technologique ? Construire un projet de recherche ? Chercher un financement ? Identifier plusieurs disciplines ?
Venir tôt permet d’avoir beaucoup plus de possibilités.
Faire appel à l’Université est-il financièrement accessible à une PME ?
Oui. Et, rapporté au niveau d’expertise disponible, le coût des prestations universitaires peut être relativement accessible par rapport à ce que l’on pourrait trouver dans le secteur privé. Il faut toutefois rappeler que l’Université n’est ni un bureau d’études ni une société de consultance.
Pour des prestations ponctuelles, la facturation est généralement liée au temps consacré à la mission. Pour des projets de recherche plus ambitieux et plus longs, nous pouvons construire le projet avec l’entreprise et rechercher ensemble des mécanismes de financement, notamment auprès de la Wallonie.
La collaboration avec les entreprises représente d’ailleurs déjà une réalité importante à l’Université de Liège : sur un budget de recherche d’environ 250 millions d’euros, quelque 65 millions proviennent de prestations pour tiers, principalement des entreprises. Cela montre à quel point les relations avec le monde économique font partie de l’ADN de l’ULiège.
Les étudiants constituent-ils également une ressource intéressante pour les entreprises ?
Certainement. Les entreprises sont d’ailleurs très intéressées par les étudiants, notamment dans des domaines où les talents sont particulièrement recherchés.
Stages, mémoires et travaux de fin d’études peuvent permettre de créer des liens très intéressants entre une entreprise et l’Université. Mais il faut bien cadrer les choses dès le départ.
Un point mérite notamment une attention particulière : la propriété intellectuelle. Si un étudiant travaille dans le cadre de son mémoire sur un sujet fourni par une entreprise, il faut déterminer clairement ce qui pourra être utilisé, à quelles conditions et par qui.
Une petite convention établie en amont permet généralement d’éviter beaucoup de malentendus par la suite. Plus les règles du jeu sont claires dès le départ, plus la collaboration a de chances d’être fructueuse pour tout le monde.
Quel message adresseriez-vous à un dirigeant de PME qui n’a encore jamais envisagé de travailler avec l’Université ?
Qu’il n’hésite surtout pas à venir nous trouver.
Il ne doit pas nécessairement arriver avec un projet de recherche déjà construit ni savoir quel laboratoire contacter. Il peut simplement venir avec son problème, son projet ou son idée.
Notre rôle est précisément de regarder avec lui ce que l’Université peut mobiliser : une expertise, un chercheur, une plateforme technologique, un équipement, un projet collaboratif, éventuellement un financement.
Une PME peut rencontrer des défis qu’elle aurait beaucoup de difficultés à résoudre seule. De son côté, l’Université doit aussi démontrer son impact sur la société et ne pas rester enfermée dans une tour d’ivoire. Entre entreprises et chercheurs, nous avons donc tout intérêt à collaborer davantage et surtout à collaborer mieux.
(*) Envie d’aller plus loin ?
Les entreprises qui souhaitent découvrir concrètement les différentes possibilités de collaboration avec l’Université sont invitées à la rencontre « Pourquoi et comment renforcer les collaborations entre les entreprises et l’Université ? », organisée par LIEGE Creative en collaboration avec AKT – CCI LVN, avec RISE – ULiège. Elle se tiendra le vendredi 9 octobre 2026, de 12h à 14h, chez RISE, Avenue Pré Aily 4 à 4031 Angleur. Trois formes de collaboration seront notamment illustrées à travers des retours d’expérience : un doctorat en entreprise, le recours à une plateforme technologique et un projet collaboratif en réseau.
Pour s’inscrire : Pourquoi et comment renforcer les collaborations entreprises – université ? – AKT-CCI LVN

