Namur

Trois entrepreneurs face à des décisions qui ont changé leur entreprise

4 Minute(s) de lecture
Le gala namurois d'AKT - CCI Liège-Verviers-Namur s'est déroulé dans le magnifique cadre de la Ferme de l’Abbaye de Moulins, à Anhée dans la vallée de la Molignée. (reportage photos: Timoté Meessen)

Faut-il internaliser sa production, maintenir sa stratégie malgré les difficultés ou se repositionner sur de nouveaux marchés ? Trois entrepreneurs ont partagé les décisions qui ont marqué leur parcours lors du Gala namurois d’AKT – CCI Liège-Verviers-Namur, organisé hier soir à Anhée. Trois expériences qui illustrent la complexité du métier de dirigeant.

Après le Gala de Spa, la communauté entrepreneuriale namuroise s’est retrouvée cette fois à la Ferme de l’Abbaye de Moulins, dans la vallée de la Molignée. L’événement a réuni de nombreuses personnalités du monde économique, mais aussi du monde politique (le vice-Premier ministre Maxime Prévot, la ministre Cécile Neven ou encore la bourgmestre de Namur Charlotte Bazelaire) et académique (la rectrice Annick Castiaux).

Pour cette édition, AKT – CCI LVN avait imaginé un concept participatif baptisé « À votre place ».
Le principe ? Soumettre aux participants trois dilemmes réellement vécus par des entrepreneurs. Avant de découvrir leurs décisions, les convives étaient invités à voter à l’aide de cartons de couleur. L’occasion de mesurer combien un choix stratégique peut sembler évident lorsqu’on n’a pas à en assumer les conséquences.

Bertrand Guelette : réinternaliser pour maîtriser son avenir

Cofondateur de BOpartner, société de services informatiques, et de la Brasserie de la Houppe, Bertrand Guelette a été confronté à une problématique similaire dans ses deux entreprises : faut-il continuer à sous-traiter une activité essentielle ou reprendre celle-ci en interne ?

« Quand on crée une entreprise, on essaie de limiter les risques et de limiter les investissements » a-t-il expliqué. BOpartner avait ainsi externalisé son service desk, tandis que la Houppe confiait sa production à des partenaires.

Mais cette stratégie a montré ses limites. Les deux sociétés ont finalement choisi de réinternaliser leur cœur de métier.

Chez BOpartner, cette décision s’est concrétisée par le rachat d’une petite entreprise bruxelloise, permettant de constituer une équipe interne. À la Houppe, le processus a été plus compliqué. Les retards dans le développement de l’outil de production ont prolongé le recours à la sous-traitance, fragilisant la situation financière de la brasserie, qui a dû être recapitalisée.

Bertrand Guelette retient notamment l’importance de pouvoir confronter les décisions entre associés. Et une conviction : derrière chaque crise peut aussi se cacher une opportunité.

Daphné Pierret : 110 millions investis et le choix de garder le cap

Daphné Pierret, CEO de Pierret Portes et Fenêtres, a vécu un autre dilemme. En quatre ans, le fabricant familial avait doublé son chiffre d’affaires, passant de 65 à 135 millions d’euros. Fort de cette croissance, elle a décidé d’investir 110 millions d’euros dans une nouvelle unité industrielle afin de doubler ses capacités de production.

Mais le ralentissement du marché est venu bouleverser les perspectives. Fallait-il diversifier les activités pour rentabiliser les investissements ou maintenir la stratégie initiale ?

La dirigeante reconnaît avoir traversé une période de questionnements. « Si tu vas ailleurs, pourquoi est-ce que ça irait mieux que là où tu es ? » s’est-elle finalement demandée.

Elle a choisi de garder le cap. Une décision qui a permis, après un à deux ans d’efforts, d’identifier le véritable problème : un manque d’alignement entre les équipes commerciales, marketing et le service client. En renforçant leur coordination autour d’une stratégie commune, l’entreprise a retrouvé sa dynamique.

Son enseignement ? Une stratégie mûrement réfléchie ne doit pas être remise en cause à la première difficulté. Encore faut-il s’assurer que toute l’organisation contribue réellement à sa mise en œuvre.

Zakaria El Abdouni : changer de marché plutôt que subir la concurrence

À 28 ans, Zakaria El Abdouni incarne une autre approche. Devenu CEO de Fresheo en mars 2026, il a été confronté à un ralentissement des commandes de cette entreprise spécialisée dans les repas frais et équilibrés.

Plutôt que de renforcer la concurrence sur ses marchés traditionnels face à des acteurs disposant de moyens supérieurs, il a privilégié un repositionnement vers des segments plus porteurs. Parmi les nouvelles pistes : des programmes associant repas, accompagnement nutritionnel et coaching sportif, ainsi que des recettes répondant à l’évolution des habitudes alimentaires, notamment la demande en protéines.

Sa méthode repose sur l’expérimentation rapide. Chaque nouvelle activité passe par une phase pilote permettant de confronter les hypothèses commerciales aux réalités du terrain. « Faites des erreurs, faites-les au début, faites-les vite » encourage-t-il.

Cette transformation a également nécessité un important travail de mobilisation des collaborateurs. Selon le dirigeant, Fresheo est parvenu à doubler sa capacité de production à effectifs constants.

Pour poursuivre son développement, il souligne aussi la nécessité de mobiliser des capitaux afin de conquérir de nouveaux marchés, notamment à l’international.

David Eloy : « Soutenir l’entrepreneuriat, c’est essentiel »

En ouverture, Christophe Naa, administrateur délégué d’AKT – CCI LVN, avait rappelé la vocation de la Chambre : « Connecter, accompagner, faire entendre ». Trois verbes qui résument son action quotidienne auprès des entreprises. « Les projets, les collaborations et parfois les grandes idées commencent encore très souvent par une belle rencontre » a-t-il souligné.

En conclusion, David Eloy, président d’AKT – CCI LVN, a insisté sur la nécessité de mieux reconnaître les risques pris quotidiennement par les entrepreneurs. Il a notamment attiré l’attention sur un sujet encore trop peu abordé : la santé mentale des dirigeants. « Quand c’est le patron qui est malade, qu’est-ce qui va nous aider ? Qui va décider ? Qui va soutenir ? » a-t-il interrogé, appelant à davantage de reconnaissance et de soutien.

Il a également plaidé pour une adaptation plus rapide de l’enseignement aux transformations économiques et technologiques, notamment à l’intelligence artificielle.

Au-delà des témoignages, ce Gala, organisé avec le soutien de Securitas, partenaire de la soirée, a rappelé l’importance des rencontres entre dirigeants. Car si chaque entrepreneur doit assumer ses décisions, les échanges d’expériences peuvent aussi l’aider à faire les bons choix.

410 posts

À propos de l’auteur
Journaliste
Articles
Vous pourriez aussi aimer
Namur

Thomas & Piron Bâtiment : construire aujourd’hui l’habitat de demain

7 Minute(s) de lecture
Après trois années d’engagement dans la démarche de certification Pioneer by AKT, Thomas & Piron Bâtiment a progressivement ancré la durabilité dans…
Namur

Universem mise sur le « Global Search » pour adapter la visibilité des entreprises à l’ère de l’IA

2 Minute(s) de lecture
Avec son approche « Global Search. Intent-Led. », l’agence belge de marketing digital Universem entend aider les entreprises à renforcer leur visibilité…
Namur

Èggo donne du rythme à ses engagements durables

1 Minute(s) de lecture
Au terme de douze mois d’accompagnement par AKT – CCI LVN, plusieurs entreprises valident avec succès leur première année de certification Pioneer…