Un an après la suppression de l’obligation européenne de former les travailleurs à l’intelligence artificielle, les entreprises belges continuent d’investir dans ce domaine. Selon une enquête menée par Acerta, 32 % des entreprises proposent aujourd’hui une formation à l’IA à leurs collaborateurs, soit une hausse de près de 15 % en un an. Dans le même temps, un travailleur sur cinq a déjà suivi au moins une formation liée à cette technologie au cours des douze derniers mois.
Cette progression s’explique par un constat partagé, l’intelligence artificielle évolue rapidement et transforme en profondeur les métiers. Même sans contrainte légale, les entreprises perçoivent désormais la formation comme une nécessité pour rester compétitives et accompagner leurs équipes face à ces changements.
Un intérêt croissant, mais encore des freins
Malgré cette dynamique, l’offre de formation reste encore limitée. Deux entreprises sur trois ne proposent toujours pas de formation à l’IA, même si près d’un tiers d’entre elles envisagent de le faire dans l’année à venir. À l’inverse, 38,1 % des employeurs déclarent ne pas avoir l’intention de franchir le pas pour le moment.
Du côté des travailleurs, l’intérêt est pourtant bien réel. Si 21,4 % ont déjà été formés, près de 60 % souhaitent suivre une formation à l’IA prochainement. Ce décalage entre l’offre et la demande souligne un enjeu important pour les entreprises, qui doivent adapter leurs dispositifs de formation pour répondre aux attentes croissantes de leurs collaborateurs.
« Les possibilités de l’IA augmentent chaque jour, alors que les risques d’une utilisation irréfléchie sont réels », insiste Kathelijne Verboomen, directrice du centre de connaissance chez Acerta. « Il est donc préoccupant de constater que, pour l’instant, seule une entreprise sur trois propose une formation à l’IA à ses travailleurs. Il serait en effet préférable que les employeurs commencent par étudier de manière approfondie quelles seraient les répercussions de l’IA sur les fonctions au sein de l’entreprise. Les entreprises sous-estiment encore parfois le fait qu’en réalité, presque tous les travailleurs seront tôt ou tard confrontés à des applications d’IA. Grâce à notre chaire à la KU Leuven, nous étudions les effets de l’IA au niveau des tâches et des processus au sein d’une fonction. De cette manière, nous savons à quoi ressemblera cette fonction à l’avenir et quel niveau de connaissance de l’IA cela requiert. Sur cette base, nous pouvons élaborer l’offre de formation dont les travailleurs ont réellement besoin, afin qu’ils puissent appliquer la formation à l’IA qu’ils reçoivent dans leur travail quotidien. »
Un autre frein réside dans la perception même de l’IA. Seuls 34,5 % des employeurs considèrent cette technologie comme importante pour leur organisation, tandis que 40,5 % ne lui accordent que peu, voire pas d’importance. Cette perception varie selon la taille de l’entreprise : plus celle-ci est grande, plus l’IA est jugée stratégique.
Pourtant, les enjeux sont bien identifiés. L’IA peut générer des gains de productivité significatifs, mais elle comporte aussi des risques, notamment en matière de fiabilité des réponses ou de gestion des données sensibles. D’où l’importance, selon Acerta, d’encadrer son utilisation par la formation.
« L’intelligence artificielle peut produire de mauvaises réponses, car elle ne réfléchit pas vraiment », conclut Kathelijne Verboomen. « C’est également une mauvaise idée de partager sans précautions les données de l’entreprise avec un outil d’IA public. À l’inverse, l’IA offre de nombreuses possibilités de gains de productivité ou de développement plus rapide des connaissances. En tant qu’employeur, il est donc préférable d’opter pour la sécurité en formant vos travailleurs à l’utilisation de l’IA. »

