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Etilux : de la petite graine à une stratégie durable pour toute l’entreprise

9 Minute(s) de lecture
Chez Etilux, la stratégie Green Connections a fait de la durabilité un enjeu transversal, désormais intégré à la stratégie et aux pratiques de l’entreprise. (Photo : Etilux)

En trois années de certification Pioneer by AKT, Etilux a fait évoluer une première initiative consacrée aux produits écoresponsables vers une véritable stratégie d’entreprise. Avec Green Connections, la durabilité s’est progressivement intégrée aux objectifs, aux valeurs et au quotidien des différents départements. Maryline Marbaise revient sur ce cheminement, les freins rencontrés, la mobilisation des équipes et les ambitions qui doivent désormais prolonger la démarche.

Après trois années de démarche Pioneer by AKT, quelle est votre plus grande victoire ?

« La plus grande réussite, c’est tout ce qui a tourné autour de la création de la stratégie Green Connections.

Elle avait démarré très timidement la première année de certification, où nous avions lancé un catalogue éco et organisé une conférence pour faire découvrir ce que cela voulait dire et expliquer ce qu’était le développement durable auprès des parties prenantes internes. Nous avions également organisé une réunion externe avec des clients et des partenaires.

À ce moment-là, c’était encore très large et pas vraiment ciblé, sans stratégie totalement aboutie. Ensuite, cela nous a amenés à définir concrètement ce que cela voulait dire dans la stratégie de l’entreprise pour 2025-2027, avec un plan d’action très concret et chiffré, des pourcentages fixés et des objectifs à atteindre.

Au départ, cela partait d’un petit projet entre des stagiaires, les Product Managers et le marketing pour réaliser un catalogue. Finalement, cela a abouti à une stratégie d’entreprise, traduite en objectifs concrets et même dans nos valeurs, puisque nous avons modifié les valeurs de l’entreprise pour y intégrer Green Connections.

Maintenant, cela s’applique à toute l’entreprise. Cela a vraiment émergé comme une petite graine qui, ensuite, a formé un arbre qui couvre aujourd’hui tout le monde. C’est devenu une priorité sur laquelle nous mettons un point d’honneur. C’est vraiment le gros point qui a été créé grâce à la certification. »

Justement, en quoi consiste la stratégie Green Connections ?

« Dans notre plan stratégique 2025-2027, Etilux veut être ambassadeur dans ses métiers en termes de développement durable, en particulier en proposant la plus large gamme de produits d’emballage répondant à ce critère.

L’objectif fixé est d’atteindre, pour 2027, une part de 30 % de nos ventes d’emballages répondant à ce critère d’écoresponsabilité.

Nous allons d’abord nous concentrer sur la gamme de produits d’emballage, même si nous sommes actifs dans un panel de produits beaucoup plus large. L’idée est de nous fixer à court terme sur une seule gamme pour ne pas trop nous éparpiller.

Par la suite, l’objectif sera d’étendre cette stratégie aux autres gammes de produits, notamment les solutions audiovisuelles, les solutions de traçabilité, les produits d’étiquetage et d’autres consommables, comme les solutions de marquage. »

Concrètement, comment cela se traduit-il dans vos produits ?

« Cela concerne notamment la matière première utilisée : une matière biodégradable, du papier à la place du plastique, du plastique recyclé ou, au minimum, recyclable.

Prenons l’exemple des rubans adhésifs. Beaucoup sont encore constitués d’une sorte de scotch brun. Le but est d’aller trouver les entreprises et de les sensibiliser au fait qu’il existe d’autres solutions, comme le ruban adhésif en papier, avec différents renforts en fonction de l’utilisation de la caisse et de sa charge.

Toutes ces solutions sont maintenant très bien abouties sur le marché et nous pouvons les proposer aux clients. Notre rôle va donc être de les sensibiliser et de les amener à faire le switch.

Cela s’étend à toute la gamme de produits d’emballage. Nous avons aussi, par exemple, les packing lists, ces pochettes dans lesquelles on insère la feuille d’envoi sur un colis. Initialement, elles sont en plastique. Il existe désormais une version en papier, suffisamment transparente pour pouvoir lire le document sans problème. »

Quels principaux freins avez-vous rencontrés pendant ces trois années ?

« Le frein le plus important concerne l’action visant à remettre dans le circuit les déchets issus de nos ventes. Nous souhaitons réintégrer une matière destinée à devenir un déchet dans le processus de production.

Nous ne produisons pas nous-mêmes, mais nous essayons de faire remonter ces matières auprès des fournisseurs afin qu’ils puissent les réutiliser, économiser de la matière et créer de la circularité.

Nous avons d’abord travaillé sur la récupération des mandrins en carton des rubans adhésifs pour pouvoir les réintégrer directement dans la boucle. Mais lorsque nous avons interrogé nos fournisseurs, nous avons découvert toute une série de difficultés techniques. Un millimètre de différence dans le diamètre ou l’épaisseur du mandrin peut mettre à mal tout le cycle de production.

Nous avons donc dû abandonner cette piste. Nous nous sommes ensuite attaqués au papier glassine, le papier support des étiquettes. Là, le principal frein est logistique et économique : comment organiser la collecte sans qu’elle représente un coût conséquent pour nous ou pour le client ?

Mettre en place un système de circularité est vraiment complexe. »

Comment avez-vous rebondi face à ces difficultés ?

« Nous travaillons actuellement sur le linerless. Une imprimante linerless permet d’imprimer directement sur l’étiquette et de la faire sortir sans papier glassine. On supprime donc directement le déchet.

Nous travaillons beaucoup sur cette gamme de produits afin de pousser la vente de ces imprimantes et d’éviter que le client génère ce déchet. C’est finalement une solution encore meilleure puisqu’on ne génère même plus de déchets.

Nous étions peut-être restés le nez dans le guidon en nous disant qu’il fallait absolument ramener des déchets chez nous pour pouvoir les revaloriser. En relevant un peu la tête, nous nous sommes rendu compte qu’il existait une autre solution : ne pas générer le déchet.

Nous aimerions malgré tout trouver une autre piste permettant de remettre nos produits dans une logique de circularité, en complément du linerless. »

Parmi les actions menées, laquelle vous a le plus surprise ?

« Je pense directement à l’action Be WaPP, où nous avions prévu, pendant toute une semaine, de consacrer notre temps de midi à la collecte de déchets dans le quartier.

Je ne pensais pas que nous aurions autant de personnes impliquées. Finalement, nous avons collecté entre 35 et 40 kilos de déchets.

Ce qui m’a surprise, c’est de constater à quel point les gens étaient motivés par cette cause. Cela a aussi beaucoup sensibilisé les équipes. Aujourd’hui, des collègues reviennent vers moi pour me signaler qu’il y a des déchets dans le petit parc à côté, par exemple. Il y a cette volonté de se dire qu’on a envie que cela change et de garder un environnement propre.

C’était une action sur laquelle je n’avais pas énormément d’attentes et, finalement, cela s’est très bien passé. Les gens étaient même demandeurs pour que nous la réorganisions. »

Plus largement, comment les équipes se sont-elles approprié la démarche ?

« Nous le voyons déjà dans de petites choses, comme le tri des déchets. Le personnel d’entretien nous a récemment indiqué qu’il était beaucoup mieux réalisé qu’avant.

Mais l’évolution la plus conséquente concerne Green Connections. Les gens sont beaucoup plus proactifs et c’est réellement devenu un objectif transversal dans l’entreprise.

Le marketing mène des actions de communication sur ces sujets. Les Product Managers recherchent des références présentant des attributs écoresponsables. Les délégués commerciaux sont également très proactifs. Lorsqu’ils constatent chez un client qu’une référence d’emballage pourrait être remplacée par une alternative écoresponsable, ils vont désormais spontanément la lui proposer.

Toute cette stratégie est devenue un réflexe au sein des différents départements. Il y a deux ans, c’était presque une stratégie dont certains disaient que c’était du « bullshit » et à laquelle personne ne croyait. Maintenant, c’est quelque chose de beaucoup plus ancré et cela fait plaisir à voir. »

Finalement, qu’est-ce que la certification a changé pour Etilux ?

« Je vois beaucoup la certification comme un tremplin. Elle nous a permis de structurer véritablement la direction dans laquelle nous souhaitions aller.

La première année, c’était un peu le brouhaha : nous faisions beaucoup de choses et nous essayions surtout d’impliquer le personnel. La deuxième année, nous avons décidé du projet structurant. La troisième année, la question était de savoir comment le mettre en place, ce que nous avions déjà réalisé et ce que nous prévoyions à long terme.

Nous avons également réalisé un bilan carbone, ce qui nous permet maintenant de beaucoup mieux cibler les actions sur lesquelles agir. Notre impact principal se situe au niveau des intrants, donc des marchandises que nous achetons et revendons à nos clients. C’est aussi ce qui nous a permis de structurer Green Connections.

Nous disposons aujourd’hui de beaucoup plus de documentation, de preuves, de stratégies et de chiffres. Nous sommes donc mieux préparés aux différentes obligations auxquelles nous pourrions être confrontés pour signer un contrat avec un gros client ou répondre à un marché public.

Cet effet tremplin de la certification, c’est vraiment la chose que je retiendrai le plus. »

Cette démarche vous a-t-elle également aidés pour EcoVadis ?

« Oui, exactement. Nous nous sommes basés sur tout ce qui avait été développé dans le cadre de la certification UNITAR pour EcoVadis. Cela nous a vraiment été très utile.

Nous n’avions plus besoin de refaire toute cette réflexion sur le plan d’action à court, moyen et long terme : nous avions déjà tout cela dans le cadre de la certification UNITAR. »

Avez-vous constaté d’autres évolutions en interne ?

« Oui, notamment au niveau de l’ambiance et de la communication interne. C’est plus large que la certification, même si cela entre dans son scope.

En 2023, nous avons réalisé une enquête de satisfaction interne pour poser les bases. Nous l’avions appelée « enquête 0 », afin de savoir où nous en étions à ce moment-là. Ensuite, nous avons progressivement mis en place des actions.

En 2024, nous avons mis l’accent sur la communication interne. En 2025, nous avons davantage travaillé sur la flexibilité au travail. Cette année, nous menons un gros travail sur le stress ressenti.

Nous avons pris le temps d’écouter les personnes à travers l’enquête, mais aussi lors de réunions entre les managers et le personnel et lors des réunions de service. Aujourd’hui, nous sentons que l’équipe fait davantage confiance à la direction et aux décisions qu’elle prend, notamment en matière de RSE.

Cela ne concerne d’ailleurs pas uniquement la stratégie RSE. L’un n’aurait pas pu aller sans l’autre. Ce travail global se ressent aussi dans la stratégie RSE, puisque tous les départements sont aujourd’hui actifs dans cette démarche. »

Quel regard vos clients, fournisseurs et partenaires portent-ils sur cette démarche ?

« Je trouve que tout est encore un peu trop lent à ce niveau-là. Nous voyons néanmoins qu’énormément d’entreprises ont leur stratégie RSE et nous recevons beaucoup de demandes à ce sujet.

Cela nous a également permis de conclure certains marchés publics grâce à cet aspect. Je ne dis pas que c’était l’élément principal de la négociation, mais cela nous a permis de nous mettre un peu en avant par rapport à d’autres entreprises qui n’étaient pas aussi loin dans la démarche.

Nous voyons donc que cela a un impact positif sur certaines relations avec nos partenaires, nos clients et nos fournisseurs. Mais, pour moi, ce n’est pas encore assez. La considération environnementale passe encore trop souvent au second plan par rapport au contexte économique.

Nous faisons notre maximum, mais l’entreprise doit aussi rester viable économiquement. C’est cette réalité qui fait que les choses avancent trop lentement, beaucoup trop lentement à mon goût. »

Quelle est la suite désormais ?

« L’idée est de continuer sur notre lancée. Nous allons réaliser un bilan carbone tous les deux ans et poursuivre l’évaluation EcoVadis chaque année. Dans ce cadre, nous devons remettre un plan d’action pour les années à venir et prouver progressivement que nous mettons bien ces actions en place.

De mon côté, je vais avoir un rôle beaucoup plus actif dans Green Connections, avec une fonction transversale auprès de tous les départements. L’objectif n’est pas de superviser, mais de les accompagner et de coordonner l’ensemble.

C’est peut-être la seule pièce du puzzle qui nous manque aujourd’hui : avoir une personne qui possède une vue d’ensemble de cette action et qui puisse faire le lien entre tous les départements. Ce sera ma mission et mon objectif pour 2026.

Je suis également devenue membre du comité d’évaluation SDG Pioneer. C’est un rôle qui me plaît beaucoup. Cela permet de garder un pied auprès d’AKT – CCI, de voir ce qui se fait ailleurs, de garder le contact et de créer des liens avec d’autres entreprises. C’est super enrichissant. »

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Chargée de projet Certification en entrepreneuriat durable
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