En trois années de certification Pioneer by AKT, Euro Fides a fait évoluer une démarche initialement perçue comme un projet parallèle vers un véritable axe de sa stratégie. Mobilisation des équipes, double matérialité, bilan carbone, évolution des pratiques de recouvrement ou encore biodiversité : Nancy Degroof revient sur les avancées réalisées, les difficultés rencontrées et l’ambition d’impliquer demain l’ensemble du personnel.
Après trois années de démarche Pioneer by AKT, quelle est votre plus grande victoire ?
« En dehors de la réussite de la certification globale, notre plus grande réussite est d’avoir réussi à intégrer les ODD au cœur de la stratégie d’entreprise.
Ce n’était pas toujours évident au départ. Au début, c’était plutôt considéré comme un projet parallèle, quelque chose en plus à faire. Au fil des trois années de certification, nous avons réussi à structurer des actions concrètes qui ont eu un impact réel sur nos activités et nos décisions.
Nous arrivons maintenant à mobiliser beaucoup plus et beaucoup mieux les équipes qu’au début. »
Quel effet cette évolution a-t-elle eu sur les équipes ?
« Une fois que les personnes se sont senties impliquées et concernées par le projet, elles se sont vraiment investies et l’ont fait avec beaucoup de plaisir. Certaines ont même apporté des idées complémentaires.
Il y a une véritable adhésion de la part de l’équipe. Cela a aussi renforcé les liens entre des personnes qui, dans les différents services, ne se côtoyaient pas nécessairement. Le projet leur a permis de travailler ensemble.
Nous avions par exemple commencé à organiser une collecte de vêtements pour une association venant en aide à des enfants placés. Ensuite, d’autres personnes sont venues proposer des collectes pour d’autres associations et dans différents secteurs. »
La certification vous a-t-elle permis de mieux identifier vos priorités ?
« Oui, notamment grâce à la matrice de double matérialité. Lorsque nous l’avons réalisée dans le cadre de la certification, les résultats ont été assez étonnants.
Cela nous a permis de voir beaucoup plus clair dans ce que nos parties prenantes attendaient de nous, mais aussi de faire émerger des points auxquels nous n’avions pas pensé. C’est notamment le cas de la cybersécurité, qui est devenue, grâce à cette matrice, un sujet concret sur lequel nous devions réellement travailler. C’est important pour nous, pour nos employés, mais également pour nos fournisseurs et les différentes parties prenantes avec lesquelles nous travaillons.
La démarche nous a aussi permis de prendre davantage en considération l’ensemble du personnel. En réalisant cette matrice avec certains collaborateurs, nous avons pu recueillir leur vision et comprendre ce qui était important pour eux. Cela a permis au comité de direction d’adapter certains points et de voir les priorités sous un autre angle. »
Quel principal frein avez-vous rencontré pendant ces trois années ?
« Clairement, le manque de temps. Comme dans toute société, nous avons énormément de choses à faire et les collaborateurs sont également fort chargés.
Il a donc fallu travailler sur notre organisation. Au début, nous ne l’avons certainement pas fait de la meilleure façon, mais ces trois années nous ont appris à améliorer notre manière de fonctionner.
Pour les deux années qui suivent, des décisions ont été prises dès le départ par le comité de direction concernant l’implication de chacun. Les objectifs sont désormais clairement définis et intégrés dans les KPI des personnes.
L’idée est justement que les ODD ne soient plus quelque chose qui vient s’ajouter au reste, mais qu’ils fassent partie des responsabilités de chacun. »
Parmi les actions menées, laquelle vous a le plus marquée ?
« Le travail en tables rondes avec les plans de cohésion sociale et les médiateurs. C’est une grande fierté d’avoir mis cela en place.
Euro Fides est une société de recouvrement de créances. Nous avons donc un impact financier important sur les personnes qui ont des factures impayées. Nous avons voulu créer ces tables rondes pour échanger avec les plans de cohésion sociale et les médiateurs sur les problématiques rencontrées de part et d’autre et essayer de trouver ensemble des solutions.
Nous avons organisé trois tables rondes en Wallonie. Ces personnes sont ensuite venues former nos conciliateurs, qui sont principalement des indépendants travaillant pour nous. L’objectif était de les sensibiliser à cet impact lorsqu’ils rencontrent des personnes, afin qu’ils puissent les aider au mieux et, si nécessaire, les orienter vers les instances adéquates.
Cette initiative a ensuite été rapportée à la directrice de l’Observatoire belge du recouvrement. Elle a été très bien accueillie et reprise par l’Association belge du recouvrement. C’était une petite idée qui avait germé chez nous et qui a finalement planté des graines ailleurs. J’en suis assez fière. »
Y a-t-il d’autres domaines dans lesquels vous avez progressé sans forcément l’avoir imaginé au départ ?
« Le bilan carbone a été un travail très important. Nous ne nous étions jamais réellement posé la question de savoir quels étaient les postes qui généraient le plus de carbone chez nous.
Le bilan nous a permis de les classer et de voir où nous produisions énormément de carbone. Nous avons ensuite pu réfléchir ensemble à ce que nous pouvions faire pour diminuer ces émissions. Sur certains postes, nous étions déjà très bas, mais pour d’autres, nous avons constaté que nous pouvions encore agir.
Sans cette analyse, nous n’aurions jamais pu détecter ces éléments et mettre ensuite des outils en place. »
Quelles actions concrètes en ont découlé ?
« Il y a notamment l’écoconduite. Nous avons proposé une formation aux personnes disposant d’une voiture de société, mais également à l’ensemble du personnel qui le souhaitait, afin d’apprendre à réduire son impact.
Un autre point important concerne le courrier. Nous envoyons énormément de courriers. Nous avons donc essayé de réduire le recours au papier et de nous tourner davantage vers l’e-mail. Celui-ci a toujours un impact carbone, mais il est moindre par rapport au courrier. »
Comment la perception des ODD a-t-elle évolué en interne ?
« Au début, les objectifs de développement durable n’étaient peut-être pas suffisamment bien expliqués. Il y a donc eu une évolution au niveau de la direction, des coordinateurs et, plus largement, dans la manière de présenter cette vision.
Il a notamment fallu répéter que les ODD ne concernent pas uniquement l’écologie. Nous avons pris le temps de montrer, à travers les actions réalisées, tout ce qui pouvait entrer dans le développement durable.
Nous avons aussi pris du temps avec les personnes pour comprendre leur sensibilité. Lorsque nous arrivons à toucher les collaborateurs à travers les sujets qui leur tiennent à cœur, nous parvenons beaucoup mieux à les impliquer dans le projet.
Il ne s’agit pas simplement de dire : ‘On fait les objectifs de développement durable, c’est comme ça.’ Il faut aller vers les personnes, les impliquer dans ce qui leur tient à cœur et ne pas les obliger à faire des choses dont elles n’ont pas spécialement envie. »
Quel regard vos clients et fournisseurs portent-ils sur votre démarche ?
« Nous avons communiqué sur la démarche auprès de certains clients, que ce soit sur les réseaux sociaux ou lors de contacts directs. Certains nous ont félicités et nous ont dit qu’ils allaient peut-être eux-mêmes démarrer ce type de processus. D’autres nous ont expliqué qu’ils avaient déjà entamé une démarche similaire.
Mais si nous n’abordons pas le sujet, ils ne savent pas forcément ce que nous faisons et nous ne savons pas non plus ce qu’ils font. Il faut donc en parler.
Globalement, je pense que ce genre de certification donne une image positive de l’entreprise. Cela a aussi constitué une aide commerciale.
Du côté des fournisseurs, nous leur avons expliqué notre sensibilité à ces questions et nous avons procédé à certains changements. Nous avons notamment privilégié des fournisseurs eux-mêmes engagés dans des démarches de certification, pas nécessairement Pioneer by AKT. Pour prendre un exemple simple, nous avons également veillé à ce que l’entreprise de nettoyage qui intervient chez nous utilise des produits que nous lui avons proposés plutôt que ceux utilisés auparavant.
Nous travaillons aussi régulièrement avec des marchés publics et nous constatons que ces aspects deviennent des critères importants. Nous ressentons désormais que le fait d’avoir cette certification et d’être engagé dans les ODD peut constituer un élément différenciateur par rapport à d’autres sociétés. »
La démarche a-t-elle aussi fait évoluer vos relations avec les personnes qui travaillent pour Euro Fides ?
« Oui. Dès la première année, nous avions réalisé une charte pour les fournisseurs. Nous avons également élaboré une charte de travail avec toutes les personnes externes qui travaillent avec nous et pour nous.
Nous l’avons construite avec elles, en tenant compte de leur vision, afin d’établir une sorte de charte de bonne conduite. Elle prend en considération les dimensions sociétales et environnementales, mais aussi la personne, l’être humain que nous avons devant nous. »
Vous avez également développé plusieurs actions en faveur de la biodiversité. Lesquelles ?
« Nous avons notamment transformé une ancienne piscine en étang. Nous y avons installé des plantations, des nénuphars et des roseaux. Nous avons ensuite eu le bonheur de voir apparaître des poissons, des têtards, des grenouilles et des libellules. Nous avons même vu un héron et des canards venir profiter de l’étang. Tout le monde en profite et c’est vraiment très chouette.
Nous avons aussi planté une douzaine d’arbres fruitiers avec l’idée de créer un petit verger : cerisier, pommier, poirier, reine-claude… Il y a également le tri des déchets, le compostage des déchets ménagers et une zone de fauchage tardif.
Enfin, nous avons récemment signé un contrat avec un apiculteur qui va installer deux ruches dans le fond du jardin. Nous espérons pouvoir bientôt récolter nos premiers petits pots de miel. »
Finalement, que retenez-vous de ces trois années ?
« Ces trois années n’ont pas toujours été simples. Ce n’est pas quelque chose que l’on décide de faire et qui se réalise en un claquement de doigts. Cela demande énormément de temps et d’investissement.
Mais je pense que c’est une démarche vraiment enrichissante. L’accompagnement d’AKT – CCI, les formations et les SDG Clubs nous ont notamment permis d’échanger avec d’autres sociétés et de constater que nous n’étions pas seuls face aux problématiques rencontrées.
Le fait d’être accompagnés, guidés et formés a été très important. Sans cet accompagnement, cela aurait été beaucoup plus compliqué et nous aurions peut-être abandonné en cours de route, notamment par découragement ou par manque de temps. »
Quelle est la suite désormais ?
« Pour les deux prochaines années, l’objectif est clair : ancrer davantage les ODD dans la structure et dans la culture de l’entreprise.
Nous voulons passer d’une démarche portée par une Green Team à une démarche portée par l’ensemble du personnel. C’est peut-être utopique, mais il faut toujours regarder plus loin. Les ODD sont aussi désormais inscrits dans les valeurs de l’entreprise.
L’ambition est donc de continuer à progresser et de faire en sorte que cette démarche soit de moins en moins portée par quelques personnes et de plus en plus par toute l’entreprise. »

