Wallonie picarde

AAVO Architects 3.0 : une transition anticipée pour assurer la continuité

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Basé au cœur de la Wallonie picarde, AAVO a grandi au fil des années pour devenir un acteur bien installé dans le paysage architectural, bien au-delà de Mouscron. Entre projets industriels, développement transfrontalier et évolution du métier, le bureau continue d’avancer avec une vision claire et une structure qui se prépare à l’avenir. Rencontre avec trois administrateurs de l’entreprise, entre transmission, réalités du terrain et ambitions : Damien Van Oost (Administrateur délégué), Thibaut Van Laethem et Michiel Demuynck.

Pouvez-vous revenir sur les origines d’AAVO ?
AAVO est avant tout une histoire familiale. Tout commence en 1954 avec Guy Van Oost qui fonde son bureau avec Françis Van Oost, malheureusement disparue prématurément. À ses débuts, l’activité se concentre sur Mouscron avec seulement quelques dossiers. Mais très vite, le bouche-à-oreille fonctionne et l’ancrage local se renforce. Sa collaboration avec Roger Bastin, architecte belge reconnu, lui ouvre également les portes de projets prestigieux, comme l’Université de Namur ou le Musée d’Art Moderne à Bruxelles. C’est ainsi que Guy Van Oost construit progressivement sa réputation.

Comment la deuxième génération a-t-elle transformé l’entreprise ?
La transition s’opère avec l’arrivée au fur et à mesure des trois frères Van Oost : Luc, Louis et Damien. C’est sous l’impulsion de Damien, à la fois architecte et stratège, que l’entreprise prend un tournant décisif. L’un des premiers axes forts a été de capter les subsides européens pour redévelopper l’industrie à Mouscron et
Tournai. Très rapidement, AAVO devient un acteur clé du territoire, au point d’avoir conçu et réalisé un grand nombre des bâtiments industriels de la ville et dans la région de Wallonie picarde. Cette orientation vers l’industrie reste aujourd’hui un pilier de l’entreprise.

Votre croissance est impressionnante. Comment s’est-elle structurée ?

L’évolution d’AAVO est étroitement liée à son développement géographique. Le premier bureau était situé rue du Sapin Vert à Mouscron. Ensuite, l’atelier s’installe à l’Europole Business Center, avant de déménager vers son siège actuel dans le zoning de l’Avenue du Haureu.
En 20 ans, nous sommes passés de 15 collaborateurs à presque 65, répartis sur trois sites : Mouscron, Courtrai et Lille. L’ouverture du bureau de Courtrai en 2024 a été stratégique, notamment pour attirer des talents flamands et renforcer notre présence en Flandre. Aujourd’hui, une vingtaine de collaborateurs y travaillent déjà.

Votre implantation repose sur trois sites distincts avec la signature AAVO…
Nos trois bâtiments portent la signature AAVO. Ils sont, en quelque sorte, nos propres showrooms.
À Courtrai, nous avons mené une rénovation dans un complexe à l’architecture très figée, ce qui représentait un défi intéressant. À Mouscron, nous sommes partis d’une page blanche avec une construction neuve intégrant des techniques avancées : géothermie, suivi des consommations énergétiques, gestion de la luminosité, récupération d’eau…
Quant à la France, nous préparons actuellement un déménagement de Marcq-en-Barœul vers Roncq. L’objectif est clair : agrandir et renforcer notre pôle français.
Aujourd’hui, nous couvrons une large zone, de Dunkerque à Strasbourg, au nord de Paris — autant de territoires qui restent très proches de nous, avec encore énormément de potentiel.

Votre position géographique est-elle un atout ?
Historiquement, nous sommes ancrés à Mouscron et en Wallonie, mais la Flandre représente aujourd’hui la moitié de notre activité en Belgique.
Notre bureau est bilingue depuis toujours, avec une proportion croissante de néerlandophones. C’est une vraie force : nous parlons toujours la langue de nos clients, entrepreneurs ou administrations. Être au cœur de l’Eurométropole est un avantage stratégique majeur.
La croissance de chiffre d’affaires est continue et stable, malgré un marché de la construction au ralenti. Notre force, c’est d’être multisectoriel, au-delà du projet
industriel et notre réactivité.

Quelles sont les valeurs qui guident vos projets ?
Elles ont été portées par Guy Van Oost, puis par ses fils. Nous cherchons avant tout à optimiser la lumière naturelle, à créer des perspectives, des ouvertures vers l’extérieur. Nous privilégions la sobriété plutôt que le spectaculaire. Aujourd’hui, nous ne concevons plus comme avant mais les valeurs, elles, restent : un bâtiment
innovant, qui garde son authenticité, a toujours une vraie valeur.
Mais au-delà de l’architecture, notre moteur reste la qualité du service. Tout est pensé pour le client. D’ailleurs, 75 % de nos projets proviennent de clients récurrents. Notre rôle, c’est de faire avancer les projets — une qualité particulièrement appréciée par nos maitres d’ouvrage.

Comment garantissez-vous efficacité et qualité ?
Sous l’impulsion de Damien, nous avons fortement développé la préfabrication. Cela nous permet d’être plus réactifs, de travailler avec des acteurs locaux de
mieux contrôler qualité, planning & budget et d’obtenir la confiance des banques.
Notre équipe est totalement mixte : flamands, francophones, profils internationaux… Peu importe l’origine, nous travaillons ensemble au quotidien. Nous
cultivons aussi la curiosité pour faire évoluer toutes les équipes en compétences : voyages d’architecture, team buildings à l’étranger… L’architecture contemporaine est une source d’inspiration permanente.

Une nouvelle génération est déjà aux commandes, comment préparez vous l’avenir ?
La nouvelle génération est déjà bien présente au conseil d’administration. Thibaut Van Laethem (20 ans d’ancienneté) et Michiel Demuynck (10 ans) ont rejoint l’actionnariat il y a deux ans. Les trois frères Van Oost restent très impliqués, mais cette transition anticipée est essentielle pour assurer la continuité, surtout avec des projets pouvant parfois s’étaler sur plusieurs années. Aujourd’hui, nous sommes cinq administrateurs, ce qui garantit des décisions équilibrées et une vraie
confrontation d’idées.

Vous parlez souvent de structure “plate”. Qu’est-ce que cela signifie concrètement chez AAVO ?
Nous avons réussi à créer la structure la plus plate possible dans notre métier. Chaque collaborateur est autonome par principe. L’idée, c’est de travailler sur le principe de la confiance et de la compétence, sans pyramide lourde de supervision ou de contrôle.
Nous avons appris qu’il fallait structurer sans hiérarchiser. Concrètement, cela passe par des référents, mais pas des chefs dans le sens classique. Ces référents peuvent être définis par projet, par domaine d’activité, ou même par affinité, langue ou spécialité.
L’objectif est que chacun sache où chercher l’information, tout en conservant l’autonomie et la flexibilité.

AAVO regarde au-delà des frontières ?
Oui, clairement. Nous participons régulièrement à des concours et recherchons les collaborations avec des bureaux d’architecture internationaux.
Depuis deux années consécutives, nous présentons des projets AAVO au World Architecture Festival qui réunit annuellement les plus grands architectes
internationaux. Nous avons pu présenter en 2024 à Singapour le centre commercial Malinas (Malines). En 2025, nous avons défendu à Miami le projet Picanol Group HQ (Ypres).
Nous restons actifs en Belgique et en France et également disponibles pour des missions aux Pays-Bas et de consultance pour d’autres contrées.

Comment AAVO s’adapte-t-il aux nouvelles réalités du métier d’architecte ?
Le monde change et le métier d’architecte aussi. Chez AAVO, nous devons constamment repenser notre approche, car les terrains deviennent de plus en plus
rares et chers. Cela nous oblige à sortir du modèle classique : construire uniquement sur des parcelles vierges n’est plus une option viable.

Nous investissons beaucoup dans la reconversion de friches industrielles — des sites comme Charleroi avec d’anciens terrains industriels laissés à l’abandon.
Chaque projet de friche est unique : il faut tout revoir, depuis la topographie jusqu’aux réseaux existants, en passant par la réglementation. Cette complexité
demande des équipes polyvalentes et multi-profils, capables de gérer à la fois le bâti existant, les contraintes techniques et la vision architecturale.

Nous avons aussi développé une expertise dans le redéveloppement de sites commerciaux existants. Par exemple, nous intervenons sur plusieurs sites ex-Cora
Shopping et ex-Makro pour les transformer complètement, que ce soit par démolition partielle, adaptation ou modernisation.
L’objectif est de réinventer l’espace sans le gaspiller : nous travaillons à la fois sur la rénovation, la transformation et la construction neuve.

Autre enjeu majeur : la hauteur et l’automatisation. Face au manque de terrains, nous construisons désormais des bâtiments plus hauts, mieux organisés, optimisant les flux logistiques et énergétiques. L’intégration des nouvelles technologies — automatisation, gestion intelligente de la lumière, géothermie — devient indispensable pour répondre aux besoins actuels, notamment dans l’industrie et la logistique.

Cette approche nous oblige à être présents sur le terrain, à suivre de près les chantiers et à collaborer avec nos clients et partenaires à toutes les étapes. Être architecte aujourd’hui, c’est donc une combinaison de vision créative et de maîtrise technique pointue. Il ne s’agit plus seulement de dessiner des bâtiments, mais de concevoir des espaces adaptables, durables et économiquement viables.

Vous semblez anticiper les évolutions réglementaires, que ça soit en durabilité ou matière de sécurité
En 2022, nous sommes rentrés dans la certification UNITAR qui a été un révélateur. Elle nous a permis de mesurer concrètement l’impact de notre entreprise, non seulement en interne mais aussi auprès de nos partenaires. (Pour rappel, UNITAR impose aux entreprises de passer à l’action en matière ESG avec au moins 10 actions par an pendant trois ans, tout en nous préparant aux obligations légales.)
Ce fut une vraie opportunité pour AAVO de formaliser ce que nous faisons déjà et d’aller encore plus loin, avec un impact réel et mesurable. D’ailleurs, la durabilité
transparaît dans tous nos projets en toile de fond mais pas en argument marketing.

À présent, nous souhaitons explorer de nouveaux horizons, en impliquant toutes les parties prenantes. Le BGBC (Belgian Green Building Council) nous permet de transférer notre expérience vers d’autres démarches externes et de renforcer notre influence sur la durabilité à grande échelle. C’est complémentaire à ce que nous faisons au quotidien sur les chantiers.

En ce qui concerne la sécurité numérique, elle est devenue un enjeu crucial. Nous avons anticipé la norme européenne NIS2, qui touche les secteurs stratégiques comme la défense, les hôpitaux, l’agroalimentaire ou la pharma — soit environ ¾ de nos clients.
Cette réglementation impose à nos clients d’être eux-mêmes certifiés. Pour nous, c’est une opportunité de prendre de l’avance : nous avons réalisé un audit interne en 2025 pour l’ISO 27001, même si nous n’avons jamais eu de problème. L’objectif est clair : sécuriser nos données, rester vigilants et offrir la confiance que nos partenaires et clients attendent.

Un coup de gueule à partager ?
La complexité administrative, notamment pour les permis d’urbanisme et les questions d’accès à l’énergie, ralentit considérablement nos projets, alors que les
délais sont cruciaux pour les investisseurs industriels. Lorsqu’un projet n’avance pas localement, il y a un fort risque qu’il se déplace vers d’autres régions, comme les Hauts-de-France ou l’Europe de l’Est, avec des conséquences directes sur l’emploi local. Cela révèle un véritable manque de compréhension des enjeux industriels et économiques.

Votre coup de cœur ?
La Wallonie picarde ! La Wapi est une région exceptionnelle, idéalement située entre Lille et Bruxelles, alliant richesse culturelle et tissu entrepreneurial dynamique. De Enghien à Comines, elle offre une diversité remarquable et bénéficie d’une proximité stratégique avec les ports, ce qui en fait un territoire à la fois attractif et profondément attachant.

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