Liège-Verviers

CPAS et entreprises ont ouvert une nouvelle voie vers l’emploi

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Maïté Bodart (ConcertES), David Eloy (AKT – CCI LVN), Jean-Paul Bonjean (CPAS de Liège), Frédéric Panier (AKT for Wallonia), Alain Vaessen (Fédération des CPAS) et Benjamin Bierlaire (Forem) ont dialogué de manière constructive. (Photo AKT – CCI LVN)

Voir des représentants d’entreprises et des CPAS assis à la même table n’est pas encore une image habituelle. C’est pourtant celle qu’a donnée la première Journée Horizons Emploi, organisée la semaine dernière au Val Benoît à Liège par le CPAS de Liège, en collaboration avec AKT for Wallonia et AKT – CCI LVN. Un moment presque historique, à l’heure où les entreprises peinent à recruter tandis qu’un nombre croissant de personnes accompagnées par les CPAS cherchent une voie durable vers l’emploi.

Au-delà des bonnes intentions, l’événement a déjà produit des effets concrets : 65 matchs positifs entre la vingtaine d’entreprises présentes et les 362 chercheurs d’emploi issus des CPAS présents ou encore des réserves de recrutement constituées notamment pour La Citadelle, les Pompiers, la Défense et trois sociétés de titres-services.

Collaboration indispensable

Dès l’ouverture de la journée, Jean-Paul Bonjean, directeur du CPAS de Liège, a donné le ton : « Face aux défis actuels de l’emploi, aucune institution, aucune entreprise, aucun acteur de terrain ne pourra réussir seul. » L’ambition d’Horizons Emploi est précisément de créer ces passerelles entre les personnes accompagnées par les CPAS, les entreprises qui recrutent, les acteurs de la formation et les structures d’insertion socioprofessionnelle.

Pour les entreprises, le message est clair : les CPAS ne sont pas seulement des acteurs sociaux. Ils peuvent devenir des partenaires de recrutement. « Notre mission ne se limite pas à l’accompagnement social » a rappelé Jean-Paul Bonjean. « Elle consiste aussi à permettre aux personnes de retrouver une autonomie durable par l’accès à un emploi qui correspond à leurs compétences, à leurs capacités et à leurs aspirations. »

Les chiffres liégeois confirment cette évolution : en 2025, 1.286 personnes ont retrouvé un emploi grâce aux dispositifs Article 60 et Article 61. Et, sur le premier semestre 2026, 767 personnes ont déjà été activées sur le marché de l’emploi, soit une progression de plus de 20 % par rapport à une année 2025 déjà record.

Pour Willy Demeyer, bourgmestre de Liège, la remise à l’emploi est aussi une réponse économique. « Passons d’un problème social à une solution en termes d’emploi et à une solution économique » a-t-il résumé, en soulignant que les employeurs sont eux-mêmes à la recherche de personnel qualifié.

Du potentiel, des difficultés

Du côté des entreprises, Frédéric Panier, CEO d’AKT for Wallonia, a insisté lors de la table ronde sur le paradoxe wallon : un taux d’emploi privé très bas et, dans le même temps, des entreprises qui peinent à recruter. « On a à la fois un taux d’emploi très bas et il n’y a pas une entreprise que je ne visite qui ne me dise pas qu’elle a du mal à recruter » a-t-il observé. Pour lui, le rapprochement entre CPAS et employeurs n’est pas seulement souhaitable : il devient indispensable. « On pense qu’il y a un vrai potentiel, parce qu’il y a de vraies demandes d’emploi et plein d’entreprises qui ont du mal à recruter. »

Ce potentiel ne gomme pas les difficultés. Frédéric Panier n’a pas éludé les réticences de certains employeurs, parfois échaudés par des expériences compliquées avec des publics éloignés de l’emploi. Mais il y voit précisément le défi à relever collectivement : « Ce n’est pas facile. On doit relever le défi, et c’est le défi qu’on doit relever maintenant ensemble. »

Le témoignage de David Eloy, président d’AKT – CCI Liège-Verviers-Namur et CEO du groupe Eloy, a montré que ces parcours peuvent réussir lorsqu’ils sont accompagnés. Son entreprise compte déjà de nombreuses réussites issues de reconversions professionnelles. « Des gens qui étaient fleuristes ou boulangers sont aujourd’hui parmi nos référents métiers » a-t-il expliqué. Sur le dispositif Article 61, il cite un premier cas concret : une personne entrée en apprentissage, engagée ensuite en CDD puis en CDI. « Elle s’est formée comme n’importe quel autre candidat qui aurait pu postuler pour ce poste-là. »

Pour David Eloy, trois leviers sont essentiels : casser les préjugés, simplifier l’administratif et organiser l’encadrement. « En 2026, ce n’est plus possible de multiplier les papiers et les échanges manuels » a-t-il lancé. Mais l’autre clé est interne : le tutorat. Chez Eloy, des référents métiers accompagnent les nouveaux collaborateurs. « C’est un peu le moteur silencieux de la réussite de la mise à l’emploi de travailleurs issus du système CPAS. »

L’outil Article 61

C’est ici que l’Article 61 apparaît comme un outil stratégique. Moins connu que l’Article 60, il permet à une personne aidée par un CPAS d’intégrer une entreprise dans une logique d’insertion vers l’emploi durable. Le directeur général de la fédération des CPAS, Alain Vaessen, a rappelé que le dispositif affiche des taux d’insertion plus élevés que l’Article 60 (utilisé plus particulièrement dans le secteur public) et qu’il a récemment été revalorisé. « L’Article 61 est peut-être trop peu connu. Or, quand on voit les taux d’insertion, ils sont beaucoup plus importants » a-t-il souligné, évoquant un dispositif devenu, sur le plan financier, presque neutre pour l’employeur.

Le Forem partage cette analyse. Pour Benjamin Bierlaire, directeur des collaborations et du recours aux tiers, l’Article 61 représente « une opportunité » parce qu’il permet aux bénéficiaires d’acquérir des compétences directement valorisables sur le marché du travail. L’enjeu est désormais d’organiser la collaboration entre CPAS, Forem et entreprises, avec des outils partagés, une meilleure coordination et un suivi plus lisible des parcours.

La table ronde de cette première journée Horizons Emploi a aussi rappelé que l’insertion ne se résume pas à une mise à l’emploi rapide. Maïté Bodart, conseillère chez ConcertES, a plaidé pour un autre regard sur les candidats : « Si on s’arrête au CV, on passe sans doute à côté de compétences, de motivation ou d’un potentiel important de développement. » Dans l’économie sociale d’insertion, l’accompagnement s’inscrit dans le temps long, avec un objectif clair : non seulement entrer dans l’emploi, mais y rester.

Au Val Benoît à Liège, un message s’est imposé : les CPAS ne sont pas un vivier marginal, mais un partenaire potentiel pour les entreprises qui acceptent d’élargir leurs canaux de recrutement. Dans un marché du travail sous tension, l’Article 61 offre une porte d’entrée concrète, encadrée et désormais mieux adaptée aux réalités économiques. À condition, comme l’a résumé Jean-Paul Bonjean, de continuer à « construire de nouveaux processus de collaboration » entre des mondes qui, jusqu’ici, ne se connaissaient pas assez.



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