Wallonie picarde – mai 2026
Il est des rencontres où les témoignages dépassent les analyses.
Lors d’une réunion organisée par AKT CCI Wallonie picarde, chez Feronyl, une entreprise du groupe Sub Alliance, près de vingt industriels de Mouscron représentant plus de 1.700 collaborateurs se sont retrouvés pour discuter ouvertement de questions telles que les permis, les infrastructures et l’énergie.
Les chefs d’entreprise de la Wallonie picarde ont alors partagé un ressenti clair : « obtenir un permis donne l’impression de passer un examen, comme lorsqu’on était étudiant et qu’on se demandait si on avait réussiou non ».
Derrière cette image, un malaise profond, celui d’un tissu entrepreneurial qui se sent freiné dans son développement.
Une administration perçue comme un frein
Les interventions convergent vers une même frustration : la complexité administrative et l’incertitude permanente.
« On a l’impression qu’on est coupable avant de devoir travailler », résume un dirigeant industriel.
Un autre renchérit :
« Le langage du petit entrepreneur et le langage de l’administration sont deux langages complètement différents ».
Les exemples concrets abondent :
• dossiers refusés pour des détails,
• procédures interminables,
• règles interprétées différemment selon les interlocuteurs.
Un participant évoque un parcours kafkaïen : « On introduit un dossier… six mois plus tard : ‘vous pouvez le réenvoyer, on l’a perdu’ ».
Ce ressenti est renforcé par une perception culturelle du rôle administratif : « On a plus affaire à des gendarmes qu’à des gens qui sont là pour nous aider ».
Permis, énergie, terrains : une équation impossible
Trois obstacles majeurs ressortent avec force.
- Les permis : imprévisibles et lourds
• « Un permis, il y a 20 ans, c’était 15 pages… maintenant, c’est plus de 300 »
La multiplication des avis, recours et délais crée un climat d’incertitude permanent. - L’énergie : un frein inédit
Un dirigeant résume la situation :
« On vous dit : “tu es gentil, tu l’auras dans cinq ans” ».
Les délais peuvent atteindre 2035 selon certains témoignages, révélant une crise structurelle. - Le foncier et les infrastructures
Malgré un manque d’activité économique relative, la disponibilité des terrains reste problématique :
« Il est parfois plus dur de trouver des terrains accessibles en Wallonie ».
À cela s’ajoute un état des infrastructures jugé critique :
« L’état des routes met en péril la crédibilité des entreprises par rapport à leurs clients avant même d’avoir négocié un contrat ». Les communes et la région se renvoient la balle au détriment de nos industries.

Un environnement décourageant pour l’investissement
Au-delà des contraintes techniques, c’est l’attractivité même du territoire qui est interrogée.
Un entrepreneur international tranche :
« Pourquoi est-ce qu’on investit encore en Wallonie ? »
La comparaison avec d’autres pays européens est sans appel : ailleurs, les règles sont parfois strictes, mais claires territoriales et stables.
« Au moins, c’est clair, on sait à l’avance et on avance ».
Un sentiment d’injustice et d’incohérence
Les contradictions entre niveaux de pouvoir ou logiques politiques sont largement dénoncées :
• On demande de densifier… tout en imposant des contraintes environnementales contradictoires
• On encourage l’investissement…mais on bloque les permis
• On veut créer de l’emploi… mais on ralentit les projets
Un constat résume cette tension :
« Le cadre juridique n’existant plus, c’est une catastrophe ».
Un appel à la mobilisation collective
Malgré la sévérité des constats, une piste d’action émerge clairement : faire entendre la voix des entreprises.
« Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu »
Le levier identifié est médiatique et collectif :
mettre en avant l’impact concret en termes d’emplois.
« On doit se battre sur le message de l’emploi »
Faire entendre la voix de celles et ceux qui créent
Aujourd’hui, le constat est clair : trop souvent, ceux qui créent de la croissance, de l’emploi et de la richesse ne sont pas suffisamment entendus.
Et pourtant, derrière chaque projet bloqué, chaque permis refusé, chaque délai rallongé… ce sont des emplois qui ne se créent pas, des investissements qui se déplacent, des dynamiques territoriales qui s’essoufflent. Nous ne pouvons plus accepter que l’entrepreneuriat soit freiné par la complexité, l’incertitude ou l’inertie. Nous ne pouvons plus accepter que la voix du terrain soit moins audible que celle de ceux qui s’y opposent.
Il est temps de changer de posture.
• Oser témoigner
• Faire remonter les situations concrètes
• Porter collectivement les réalités du terrain
• Mettre en lumière l’impact réel sur l’emploi, il s’agit de rappeler une réalité essentielle : sans entreprises, il n’y a ni emploi durable, ni prospérité, ni avenir pour nos territoires.
Parce qu’une évidence s’impose :
si les entrepreneurs ne prennent pas la parole, d’autres parleront à leur place.
Notre responsabilité, collectivement, est de rééquilibrer le débat, de faire entendre une voix constructive, fondée sur des faits, des vécus, des emplois. Il ne s’agit pas seulement de défendre des intérêts.
Dans un contexte où les entreprises font face à une complexité croissante, une conviction rassemble Sylvie Lericque et Frédéric Panier : le terrain doit reprendre toute sa place dans le débat public.
En tant que directrice de la Chambre de commerce de Wallonie picarde, Sylvie Lericque s’inscrit dans cette dynamique comme un relai de proximité, au plus près
des entrepreneurs : organiser leur parole, connecter les acteurs, activer les bons leviers locaux et faire avancer concrètement les dossiers.
En tant que CEO d’AKT for Wallonia, Frédéric Panier agit comme un stratège du plaidoyer économique : il capte les réalités vécues par les entreprises, les structure et les transforme en leviers d’action pour faire évoluer les règles, influencer les décisions et défendre un environnement plus favorable à l’investissement et à l’emploi.
Ensemble, nous formons une chaîne d’impact complète :
• du terrain où émergent les réalités et les blocages,
• jusqu’au politique où se construisent les solutions.
Notre objectif est clair : faire entendre la voix des entreprises, transformer les frustrations en actions concrètes, et remettre l’emploi au cœur des décisions.
Parce qu’une chose est certaine: quand les entreprises ne sont pas dans la conversation, ce sont elles qui en subissent les conséquences.
Voici l’avis de notre partenaire Satelliteam, spécialisé en réalisation et suivi de permis d’environnement
Aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité de prendre des contacts préalables avec l’administration afin de préparer leurs demandes de permis.
Cette démarche pourrait être renforcée par une meilleure intégration des avis des différentes instances consultées en amont, telles qu’Elia, l’OTAN lorsqu’une infrastructure est concernée, les services d’incendie, Ipalle ou encore d’autres organismes compétents.
Ces avis officiels pourraient être systématiquement joints en annexe à la demande de permis, ce qui permettrait d’accélérer l’instruction des dossiers et d’améliorer leur qualité dès le dépôt.
Par ailleurs, un système d’alerte intelligent pourrait être mis en place.
En fonction de la rubrique ou du type d’activité concerné, des notifications indiqueraient automatiquement quels avis sont requis. Cette approche éviterait des démarches inutiles pour les entreprises qui ne sont pas concernées par certains avis spécifiques.
Enfin, il apparaît essentiel de fixer des délais impératifs pour la remise des avis.
Chaque instance consultée disposerait d’une date butoir clairement définie pour rendre sa décision. À défaut de réponse dans le délai imparti, l’avis serait réputé favorable. Un tel mécanisme renforcerait la prévisibilité des procédures et contribuerait à réduire significativement les délais administratifs.


