La pompe à chaleur s’impose comme l’une des solutions phares de la transition énergétique. Mais derrière cet engouement, certaines questions restent encore peu abordées. Pour les entreprises de Wallonie picarde qui investissent aujourd’hui dans leurs infrastructures énergétiques, les choix technologiques effectués auront des conséquences pendant quinze à vingt ans.
Les pompes à chaleur connaissent un véritable essor. Assiste-t-on à une transformation durable du marché ?
Absolument. Face à la volatilité des prix de l’énergie, aux objectifs climatiques européens et à la volonté de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles, l’électrification des bâtiments et des processus industriels est devenue une évidence.
La pompe à chaleur est aujourd’hui perçue comme une technologie d’avenir. C’est une évolution positive, mais il faut veiller à ne pas considérer toutes les solutions comme équivalentes sur le plan environnemental. Derrière une même appellation, les technologies peuvent être très différentes.
Vous estimez justement que toutes les pompes à chaleur ne sont pas aussi durables qu’elles en ont l’air.
Pourquoi ?
Parce qu’un élément essentiel reste souvent absent du débat : le fluide frigorigène utilisé dans l’installation.
Une grande partie des pompes à chaleur actuellement commercialisée fonctionne avec des fluides synthétiques de type HFC (hydrofluorocarbures) ou HFO (hydrofluoro-Oléfines). Ces substances appartiennent à la même famille chimique que les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) ou peuvent se dégrader
en composés persistants comme le TFA (acide trifluoroacétique).
Or ces molécules ne disparaissent pratiquement pas de l’environnement. Elles peuvent contaminer durablement les sols et les ressources en eau.
Le paradoxe est donc réel : nous rem plaçons des énergies fossiles par des technologies qui risquent de générer un autre problème environnemental.
Ce sujet des PFAS est aujourd’hui au cœur de nombreux débats. Quel impact cela pourrait-il avoir sur le secteur ?
L’Europe se trouve à un moment charnière. Dans le cadre de la réglementation REACH, les autorités européennes préparent l’une des plus importantes restrictions
chimiques jamais envisagées concernant les PFAS.
Les premières mesures pourraient entrer en vigueur entre 2026 et 2028. Cela signifie que des technologies considérées aujourd’hui comme standards pourraient
se retrouver confrontées à un environnement réglementaire beaucoup plus contraignant.
Pour les entreprises qui investissent maintenant, cette évolution doit être prise en compte dès la phase de réflexion.
Les conséquences pourraient elles être importantes pour les propriétaires d’installations ?
Oui, car une pompe à chaleur représente généralement un investissement prévu pour durer quinze à vingt ans. C’est précisément l’horizon sur lequel la réglementation va fortement évoluer.
Nous observons déjà un durcissement progressif des règles européennes sur les gaz fluorés : réduction des quotas, limitations sur certaines nouvelles installations,
exigences accrues en matière de contrôle et de maintenance.
Si l’on combine ces évolutions avec la future réglementation PFAS, plusieurs risques apparaissent :
• une augmentation des coûts de maintenance et de dépannage;
• une disponibilité plus limitée de certains fluides ;
• une accélération de l’obsolescence de certaines installations ;
• Un flou certain sur de nouvelles règlementation/lois.
En d’autres termes, une explosion non contrôlée des coûts opérationnels pour 15-20 ans.
Selon vous, comment éviter ce risque ?
Il faut adopter une vision à moyen terme. Si nous voulons être cohérents dans no tre transition énergétique, nous devons commencer dès aujourd’hui à éliminer progressivement les substances problématiques plutôt que de reporter laquestion à plus tard.
La réflexion ne doit plus uniquement porter sur le coût d’investissement ou sur le rendement énergétique immédiat.
Elle doit également intégrer la pérennité de la technologie choisie.
Existe-t-il aujourd’hui des alternatives crédibles ?
Oui, et c’est probablement l’aspect le plus intéressant.
Les pompes à chaleur utilisant des réfrigérants naturels, comme le propane (R290) ou le CO₂ (R744), sont déjà disponibles sur le marché. Elles ne contiennent pas de PFAS, échappent à une partie de la complexité réglementaire liée aux gaz fluorés et offrent d’excellentes performances énergétiques.
Surtout, elles s’inscrivent pleinement dans la trajectoire que semble privilégier l’Europe pour les prochaines décennies.
Pourtant, ces solutions restent encore minoritaires. Comment l’expliquez-vous ?
Les habitudes du marché évoluent souvent plus lentement que la technologie.
Comme le souligne Ruben Van Heuverswijn, « la technologie est là, le savoir-faire aussi. Ce qui manque encore, c’est le réflexe du marché ».
Les discussions se concentrent souvent sur le retour sur investissement à court terme. C’est évidemment important, mais cela ne suffit plus. Les entreprise doivent désormais intégrer les enjeux réglementaires, environnementaux et stratégiques dans leurs décisions.


