« Ralentissement, résilience et sens de l’urgence. »
C’est en trois mots que Frédéric Panier a résumé les enseignements de la 48e édition du baromètre conjoncturel (*) d’AKT, présentée ce mercredi à Jemeppe-sur-Sambre, dans les installations d’Inovyn, filiale de la multinationale Ineos, spécialisée dans la production de PVC. Trois mots qui disent à la fois la dégradation de plusieurs indicateurs économiques, la capacité d’adaptation des entreprises wallonnes et la nécessité, plus que jamais urgente, de soutenir l’industrie.
Dans un contexte international marqué par le conflit au Moyen-Orient, la hausse des coûts de l’énergie et le retour des tensions inflationnistes, les indicateurs se dégradent donc sur le marché intérieur. Mais l’économie régionale conserve aussi des points d’appui, à commencer par les exportations et la capacité de résilience des entreprises.
Impact des conflits
Selon économiste d’AKT for Wallonia Olivier Pauwels, les entreprises wallonnes sont largement concernées par les effets du conflit au Moyen-Orient. « Deux tiers des entreprises wallonnes sont exposées aux conflits », principalement de manière indirecte, via les chaînes logistiques, l’énergie, les matières premières ou encore le transport. Parmi celles-ci, près d’une sur deux estime que l’impact sera important ou très important.
La première conséquence est une hausse généralisée des coûts qui pèsent directement sur les marges, les carnets de commandes et le chiffre d’affaires. Plus préoccupant encore : certaines entreprises annoncent déjà le report d’investissements.
Le choc énergétique n’est pas seulement conjoncturel. Les prévisions montrent que les prix du pétrole et du gaz devraient rester durablement supérieurs à leur niveau d’avant-crise, même malgré le protocole d’accord de paix entre les Etats-Unis et l’Iran. « Ce n’est pas un choc temporaire de quelques mois » insiste Olivier Pauwels. « C’est un choc qui va durer. » Ce renchérissement de l’énergie ravive également l’inflation. Alors que celle-ci devait revenir autour de 2 %, elle est désormais attendue à 3,5 % en 2026.
Diminution des investissements
Cette évolution complique la politique monétaire. Après avoir amorcé une baisse de ses taux, la Banque centrale européenne se retrouve confrontée à une nouvelle poussée inflationniste. Avec, à la clé, un risque de conditions de financement plus restrictives pour les entreprises. Dans ce contexte, les perspectives d’investissement passent en territoire négatif pour la première fois depuis 2022. Olivier Pauwels y voit « un signal assez inquiétant », alimenté par les coûts énergétiques, le ralentissement de la demande, l’incertitude géopolitique, mais aussi des spécificités wallonnes comme la faible utilisation des capacités de production et l’incertitude liée à la fiscalité locale.
Précisons que les investissements réalisés depuis la crise énergétique, notamment dans l’efficacité énergétique et les solutions alternatives, commencent à produire leurs effets.
La consommation privée, autre moteur traditionnel de la croissance, est également fragilisée. La confiance des consommateurs a fortement reculé depuis le début de l’année, sous l’effet de l’inflation et d’une incertitude plus globale. Quant aux perspectives d’embauche, elles se stabilisent. Les entreprises continuent de recruter, mais avec davantage de prudence et de sélectivité.
Les entreprises subissent également la baisse des investissements publics, rendue nécessaire pour l’assainissement des finances publiques.
Quels handicaps ?
D’après l’enquête, les coûts salariaux restent le principal handicap concurrentiel, cité par plus de deux tiers des répondants. La forte inflation impactera par ailleurs le niveau d’indexations des salaires.
D’autres facteurs de compétitivité préoccupent également les entreprises. La lourdeur administrative est aujourd’hui citée comme un frein majeur par près d’une entreprise sur deux. Les coûts de l’énergie préoccupent quant à eux une entreprise sur trois, contre une sur quatre il y a un an.
Dans ce tableau assombri, les exportations constituent le principal point encourageant. « Les perspectives d’exportation sont nettement positives » relève Olivier Pauwels. Elles devraient être l’un des moteurs de la croissance en 2026. Mais elles ne suffiront pas, à elles seules, à compenser la faiblesse du marché intérieur. D’où l’enjeu stratégique : renforcer l’industrie, cœur des exportations wallonnes.
Priorité à l’industrie
Pour Frédéric Panier, l’industrie, en particulier l’industrie intensive en énergie, arrive « au bout du chemin des solutions » qu’elle peut trouver seule. Les priorités sont claires : réduire le coût de l’énergie, simplifier les procédures administratives, éviter le retour de taxes locales sur l’investissement productif et préserver les moyens consacrés à la recherche, au développement et à l’innovation.
Le message est donc double. L’économie wallonne ralentit, mais elle ne rompt pas. Elle reste portée par des entreprises qui s’adaptent, investissent et exportent. Mais pour transformer cette résilience en rebond durable, AKT appelle à des décisions rapides. Sans un environnement plus favorable à l’industrie et à l’investissement, la Wallonie risque de voir s’affaiblir l’un de ses principaux moteurs de croissance.
(*) réalisé entre fin avril et mi-mai auprès de plus de 250 CEO d’entreprises wallonnes.

