Dans un contexte socio-économique de plus en plus tendu, les Banques Alimentaires rappellent une réalité dérangeante : leur existence même constitue un aveu d’échec collectif. « Nous ne devrions pas exister », confient-elles souvent. Pourtant, jamais leur rôle n’a été aussi crucial.
En Belgique, le nombre de bénéficiaires ne cesse d’augmenter, tandis que les ressources, elles, se fragilisent. À la Banque Alimentaire de Tournai (BAT), plus de 12.000 personnes reçoivent chaque semaine une aide alimentaire via un réseau de 57 associations partenaires. Rien qu’au premier trimestre 2026, ce sont 750 personnes supplémentaires (+7 %) qui ont rejoint les rangs des bénéficiaires.
Cette hausse s’explique notamment par l’évolution des politiques sociales, comme la limitation des allocations de chômage, qui risque d’accentuer encore la précarité. Dans le même temps, une réduction annoncée de 30 % du soutien du Fonds social européen pour la période 2026-2027 vient fragiliser davantage un modèle déjà sous tension.
Un modèle en mutation forcée
Historiquement, les Banques Alimentaires reposaient sur un principe simple : recevoir et redistribuer gratuitement les invendus. Aujourd’hui, cette logique est mise à mal. Depuis deux ans, la BAT doit acheter une partie des denrées qu’elle distribue, faute d’approvisionnements suffisants.
Sa mission reste pourtant inchangée : lutter à la fois contre la faim et contre le gaspillage alimentaire. En 2025, cela représentait 224 kilos de vivres distribués par bénéficiaire, un volume supérieur à la moyenne nationale.
Mais les défis logistiques sont considérables : collecte quotidienne auprès des commerces (40 % des apports), gestion des stocks, respect des normes sanitaires, traçabilité informatique et répartition équitable. Le tout repose sur une organisation solide, mobilisant 105 bénévoles et une vingtaine de collaborateurs issus de dispositifs d’insertion.
Un appel croissant au monde de l’entreprise
Face à la diminution des ressources publiques et des dons alimentaires, les entreprises deviennent des partenaires essentiels. Déjà, 10 % des approvisionnements proviennent d’industries locales. Mais cela ne suffit plus.
C’est dans cette optique qu’un fonds fédéral dédié aux dons d’entreprises non alimentaires a été créé. Objectif : récolter 500.000 € pour financer l’achat de denrées, redistribuées ensuite entre les différentes Banques Alimentaires selon les besoins.
Les incitants fiscaux existent : les dons bénéficient notamment d’une déductibilité pouvant atteindre 40 %. Un levier encore sous-exploité, mais à fort potentiel.
WeCareHotels : un exemple concret et duplicable
Certaines entreprises montrent déjà la voie. Le groupe WeCareHotels, implanté notamment à Mouscron, Ath et Casteau, a mis en place une initiative simple et efficace : transformer des gestes du quotidien en soutien concret.
Par exemple, via un système de “green voucher”, les clients séjournant plusieurs nuits peuvent choisir de ne pas faire nettoyer leur chambre quotidiennement. En contrepartie, ils peuvent choisir de bénéficier d’une réduction de 5 € sur leur consommation au bar de l’hôtel ou de reverser ce montant à la Banque Alimentaire du Tournaisis.
Ces initiatives, accessibles et peu contraignantes, permettent de générer des montants significatifs. En 2025, près de 3.000 € ont déjà été récoltés, avec une ambition clairement affichée pour 2026 de dépasser les 5.000 € reversés à la Banque Alimentaire.
Vers une mobilisation collective
Les besoins pour la BAT restent immenses. Les dons, legs et fonds existants ne suffisent plus à couvrir les dépenses croissantes, notamment en transport (flotte de 7 véhicules), énergie ou achat de denrées.
Dans ce contexte, les entreprises ont un rôle déterminant à jouer, au-delà du seul secteur alimentaire. Chaque contribution, même modeste, a un impact direct et mesurable sur le terrain.
S’engager peut prendre plusieurs formes :
- soutien financie
- mécénat ou partenariats,
- mise en place d’initiatives solidaires inspirées du modèle WeCareHotels.
Plus que jamais, la solidarité a besoin d’acteurs engagés.




