En quelques années à peine, Sory a profondément changé de dimension. L’entreprise de menuiserie basée à Mouscron a connu une croissance aussi rapide que structurante. D’un atelier aux activités généralistes, elle s’est transformée en un acteur spécialisé de l’aménagement intérieur, résolument tourné vers le B2B et les projets d’envergure. Interview avec Julien, CEO de Sory.
Vous avez repris l’entreprise en 2020. Comment s’est déroulée cette transition ?
En 2020, avec mon frère Adrien, nous avons racheté l’ensemble des parts et sommes devenus gérants administrateurs. Michel Sory, fondateur de l’entreprise, est malgré tout resté actif dans l’entreprise.
Au départ, il était assez inquiet — il nous a même dit que nous étions un peu fous. Mais aujourd’hui, il est fier du chemin parcouru, notamment lorsqu’il a vu les nouvelles installations sortir de terre et l’expansion de la boîte !
Pourquoi avoir décidé d’investir dans un nouveau bâtiment ?
Nous étions devenus trop à l’étroit dans un bâtiment vieillissant, situé chaussée de Luingne à Herseaux. Avec la croissance de l’équipe, cela devenait difficilement gérable. Nous avons d’abord envisagé un agrandissement, mais la zone étant résidentielle, cela s’est avéré impossible. À cela s’ajoutait un permis d’exploitation limité dans le temps, jusqu’en 2029. Après une période de réflexion — et même un peu de découragement — nous avons trouvé un terrain en 2023, avenue Urbino,
dans le zoning mouscronnois. C’est là que le projet a réellement pris forme.
Un tel projet représente un investissement important…
Absolument. Nous avions initialement prévu un budget de 4,25 millions d’euros, mais l’investissement global — bâtiment et machines — atteint finalement près de 5 millions d’euros. Budget revu suite à une volonté d’automatisé au maximum notre atelier de production.
Nous avons pu compter sur le soutien de WapInvest, qui a joué un rôle clé dans la concrétisation du projet. Mais aussi un soutien du Fonds européen de développement régional et de la Wallonie.
L’entreprise a continué à évoluer pendant les travaux…
Oui, et c’est un point important. Entre le début et la fin du chantier, nos besoins ont déjà changé !
Nous avons engagé une douzaine de personnes supplémentaires — en atelier, en pose et en fonctions administratives. Aujourd’hui, nous sommes environ 40 collaborateurs, contre une quinzaine en 2020.
Votre métier a-t-il évolué avec cette croissance ?
Complètement. La menuiserie a profondément changé ces dix dernières années. Aujourd’hui, environ 75 % de notre activité est pilotée par des outils numériques.
Les projets sont désormais conçus en amont dans un bureau d’études, puis exécutés en atelier avec des machines automatisées et des robots.
Cela a aussi fait émerger de nouveaux profils : nous avons aujourd’hui trois dessinateurs techniques, un métier inexistant chez nous il y a encore cinq ans… et nous cherchons déjà à en recruter un quatrième.
Vous avez également revu votre positionnement stratégique…
En effet. En 2020, notre activité était composée à 75 % de clients particuliers (B2C). Aujourd’hui, cette part est tombée à 20 %.
Nous nous orientons davantage vers le B2B, avec des projets plus importants et plus structurés. Nous n’abandonnons pas pour autant notre clientèle B2C ; même si la taille de notre entreprise fait que nous devons sélectionner les projets.
Concrètement, que propose Sory aujourd’hui ?
Nous nous sommes spécialisés dans la menuiserie intérieure et l’aménagement global : portes, mobilier, cloisons, plafonds… de la fabrication dans notre propre atelier à la pose. Nous allons même plus loin en intégrant certaines finitions comme les revêtements de sol ou la peinture, en collaboration avec des partenaires indépendants réguliers. Cela nous permet d’être très réactifs et d’offrir une solution complète à nos clients.
Vous insistez justement sur la réactivité…
C’est devenu un élément clé. Nos clients attendent aujourd’hui une rapidité d’exécution comparable à celle d’acteurs comme Amazon.
Nous avons investi dans des machines automatisées et des robots qui nous permettent d’augmenter notre capacité de production et notre stock, tout en réduisant les délais.
Vous développez aussi une nouvelle activité autour des portes ?
Oui, nous lançons un projet autour des panneaux de portes sur mesure, avec une plateforme en ligne : Panoporte.be.
L’idée est simple : permettre à des professionnels ou à des bricoleurs avertis de concevoir leur porte et leur panneau décoratif, d’obtenir un prix instantanément et de générer un devis pour leur propre client.
Nous pouvons livrer des portes standard ou des panneaux finis en 48 heures. Pour des projets plus complexes, nous proposons également un accompagnement sur mesure avec un a3dossier technique complet.
Vos résultats suivent cette dynamique ?
Oui, la croissance est très forte. Nous sommes passés d’un chiffre d’affaires de 1,2 million d’euros en 2020 à environ industrielles, ce qui est un enjeu majeur pour notre activité. 6 millions aujourd’hui.
C’est une évolution rapide, qui s’explique par notre repositionnement stratégique et nos investissements.
Et pourtant, vous êtes déjà à l’étroit dans votre nouveau bâtiment…
C’est le paradoxe ! Il y a encore deux ans et demi, nous pensions construire un bâtiment trop grand.
Aujourd’hui, en 2025, il est déjà presque saturé. Nous réfléchissons déjà à l’agrandir, soit en créant un étage dans l’atelier, soit en étendant les infrastructures.
La croissance appelle la croissance — c’est un véritable effet boule de neige.
Quels sont vos prochains défis ?
Nous souhaitons d’abord nous implanter plus centralement en Wallonie. Cela permettrait de réduire les déplacements de nos équipes et de nous rapprocher de marchés comme Charleroi ou Bruxelles. Ensuite, nous regardons clairement vers la France. C’est un marché très dynamique, avec davantage de disponibilités en zones industrielles, ce qui est un enjeu majeur pour notre activité.
Qu’est-ce qui vous anime dans cette aventure entrepreneuriale ?
L’envie de construire une entreprise moderne, performante et tournée vers l’avenir.
Notre métier évolue, et nous voulons en être des acteurs. La croissance est importante, bien sûr, mais elle doit rester maîtrisée et cohérente avec notre vision.



